SÎÈHE VI. — HORACE, ARNOLPHE
HORACE
La place m'est heureuse à vous y rencontrer. Je viens de l'échapper bien belle, je vous jure. Au sortir d'avec vous, sans prévoir l'aventure, Seule dans son balcon j'ai vu paroître Agnès, Qui des arbres prochains prenoit un peu le frais. Après m'avoir fait signe, elle a su faire en sorte, Descendant au jardin, de m'en ouvrir la porte; I^iais à peine tous deux dans sa chanibre étions-noui^, Qu'elle a sur les degrés entendu son jaloux; Et tout ce qu'elle a pu, dans un tel accessoire *, C'est de me renfermer dans une grande armoire.
• l'our ; acciduut, occureoce ; accéder. Expression iiupi opre.
iC6 L'ÉCOLE DES FEMMES
Il est entré d'abord : je ne le voyois pas ;
Mais je l'oyois marcher, sans rien dire, à grands pas.
Poussant de temps en temps des soupirs pitoyables,
Et donnant quelquefois de grands coups sur les tables,
Frappant un petit chien qui pour lui s'émouvoit,
Et jetant brusquement les haidos qu'il trouvoit.
Il a même cassé, d'une main mutinée,
Des vases dont la belle ornoit sa cheminée ;
Et sans doute il faut bien qu'à ce becque cornu *
Du trait qu'elle a joué quchiue jour soit venu.
Enfin, après cent tours, ayant de la manière
Sur ce qui n'en peut mais déchargé sa colère,
Mon jaloux inquiet, sans dire son ennui,
Est sorti de la chambre, et moi de mon étui.
Nous n'avons point voulu, de peur du personnage,
Risquer à nous tenir ensemble davantage ;
C'étoit trop hasarder : mais je dois, cette nuit.
Dans sa chambre un peu tard m'introduire sans bruit.
En toussant par trois fois je me ferai connoitre ;
Et je dois au signal voir ouvrir la fenêtre.
Dont, avec une échelle, et secondé d'Acnés,
Mon amour tâchera de me gagner l'accès.
Comn e à mon seul ami je veux bien vous l'apprendre.
L'allégresse du cœur s'augmente à la répandre ;
Et, goûtât-on cent fois un bonheur tout parfait,
On n'en est pas content, si quelqu'un ne le sait.
Vous prendrez part, je pense, à l'heur de mes atfaires.
Adieu. Je vais songer aux choses nécessaire».