‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 134 sur 266 · ACTE V, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IV

Haut.

Mo rendra-t-il. coquine, avec tout son pouvoiPj Les obligations que vous pouvez m'avoir?

AGNÈS

Je ne vous ea ai pas de si grandes qu'on pense.

ARNOLPHE

N'est-ce rien que les soins d'élever votre enfance?

AGNÈS

Vous avez là-dedans bien opéré vraiment, Et m'avez fait en tout instruire joliment! Croil-on que je me flatte, et qu'enfin, dans ma tête, Je ne juge pas bien que je suis une bête? Moi-même j'en ai honte ; et, dans l'âge où je suis, Je ne veux plus passer pour sotte, si je puis.

ARNOLPHE

Vous fuyez l'ignorance, et voulez, quoi qu'il coûte, Apprendre dublondin quelque chose?

AGNÈS

Sans doute.

C'est de lui que je sais ce que je puis savoir; Et beaucoup plus qu'à vous je pense lui devoir.

ARNOLPHE

Je ne sais qui me tient qu'avec une gourmade Ma main de ce discours ne venge la bravade. J'enrage quand je vois sa piquante froideur; Et quelques coups de poing satisferoient mon cœur.

Hélas ! vous le pouvez, si cela peut vous plaire.

ARNOLPHE, à part.

Ce mot et ce regard désarme ma colère, Et produit un retour de tendresse de cœur, Qui de son action m'efface la noirceur. Chose étrange d'aimer, et que pour ces traîtresses Les hommes soient sujets à de telles foiblessesl Tout le monde connoît leur imperfection; Ce n'est qu'extravagance et qu'indiscrétion; Leui jsprit est méchant et leur âme fragile, Il n'est rien de plus foible et de plus imbécile,

Rien de plus infidèle : et, malgré tout cela, Dans le monde on fait tout pour ces animaux-là.

A Agnès.

Eh bien, faisons la paix. Va, petite traîtresse, Je te pardonne tout, et te rends ma tendresse; Considère par là l'amour que j'ai pour toi. Et, me voyant si bon, en revanche aime-moi.

AGNÈS

Du meilleur de mon cœur je voudrais vous complaire : Que me coùterait-il, si je le pouvais faire?

ARNOLPHE

Mon pauvre petit bec, tu le peux, si tu veux. Écoute seulement ce soupir amoureux, Vois ce regard mourant, contemple ma personne. Et quitte ce morveux et l'amour qu'il te donne. C'est quelque sort qu'il faut qu'il ait jeté sur toi, Et tu seras cent fois plus heureuse avec moi. Ta forte passion est d'être brave l et leste. Tu le seras toujours, va, je te le proteste; Sans cesse, nuit et jour, je te caresserai, Je te bouchonnerai 2, baiserai, mangerai; Tout comme tu voudras lu pourras te conduire : Je ne m'explique point, et cela c'est tout dire.

Bas, à part.

Jusqu'où la passion peut-elle faire aller 1

Haut.

Enfin, à mon amour rien ne peut s'égaler : Quelle preuve veux-tu que je t'en donne, ingrate? Me veux-tu voir pleurer? Veux-tu que je me balte? Veux-tu que je m'arrache un côté de cheveux? Veux-tu que je me tue? Oui, dis si lu le veux, Jp. suis tout prêt, cruelle, à te prouver ma flamme.

AGNÈS

Tenez, tous vos discours ne me touchent point l'âme :

' Pour : pimpanle et bien vêtue. Voyez plus haut.

-Tcrriie cmprunlfi f>ux sdins do pioi'icti* que l'on prend des chevaux «r» I©^ iieltovRnt et les lusiranl avec un bonclion de paille- Les couinieulaluur» onl vu ici un diininuiil du mot bouche.

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