A LA REINE MÈRE
Madame, l3 sais bien que Votre Majesté n'a que faire de toutes nos dédicaces, et que ces prélendus devoirs, dont on lui dit élégamment qu'on s'acquitte envers elle, sont des hommages, à dire vrai, dont elle nous dispenseroil trèsvolontiers. Mais je ne laisse pas d'avoir l'audace de lui dédier la Critique de. l'École des Femmes, et je n'ai pu refuser celte petite occasion de pouvoir témoigner ma joie à Votre Majesté sur cette heureuse convalescence qui redonne à nos vœux la plus grande et la meilleure princesse du monde, et nous permet en elle de longues années d'une santé vigoureuse. Comme chacun regarde les choses du côté de ce qui le touche, je me réjouis, dans cette allégresse générale, de pouvoir encore oblenir l'honneur de diverlir Votre Majesté; elle, Madame, qui prouve si bien que la véritable dévotion n'est point contraire aux honnêtes diverlissemens; qui, de ses hautes pensées et de ses importantes occupations, descend si humainement dans le plaisir de nos spectacles, et ne dédaigne pas de rire de cette même bouche dont elle prie si bien Dieu. Je flatte, dis-je, mon esprit de l'espérance de cette gloire; j'en attends le moment avec toutes les impatiences du monde; et, quand je jouirai de ce bonheur, ce sera la plus grande joie que puisse recevoir,
Madame,
De Votre Majesté,
Le tics-liumble, trcs-oWissent, et liès-obiiyy servilcur,
J.-B.-P. MoLiiîuE.
0 Anne d'Autriche, 1111c ainée de Pliilippc 111, roi d'Usiiauue, feiniue de Louis XIII, incrc de Luuis XIV, morle le 20 janvier «666.