‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 174 sur 266 · SCENE III 2'i · texte numérisé non relu

SCENE III 2'i

dans l'aiilichambre du roi; car c'est un lieu où il î-e passe tous les jours des choses assez plaisantes. Il est aisé de faire venir là toutes les personnes qu'on veut, et on peut trouver des raisons même pour y autoriser la venue des femmes que j'introduis. La comédie s'ouvre par deux marquis aui se rencontrent.

À la Grange.

feouvenez-vous bien, vous, de venir, comme jb vous ai dit, là, avec cet air qu'on nomme le bel air, peignant votre perruque, et grondant une petite chanson entre vos dents. La, la, la, la, la, la. Rangez-vous donc, vous autres, car il faut du terrain à deux marquis ; et ils ne sont pas gens à tenir leur personne dans un petit espace, (a la Grange.) Allons, parlez.

LA GRANGE

« Bonjour, marquis. »

MOLIÈRE

Mon Dieu! ce n'est point là le ton d'un marquis ; il faut le prendre un peu plus haut; et la plupart de ces messieurs affectent une manière de parler particulière, pour se distinguer du commun : Bonjour, marquis. Recommencez donc.

LA GRANGE

« Bonjour, marquis.

MOLIÈRE

V Ah! marquis; ton serviteur.

» Que tais- tu là?

LA GRANGE

MOLIERE

» Parbleu! tu vois; j'attends que tous ces messieurs aient » bouché la porte, pour présenter là mon visage.

LA GRANGE

o Tétebleu ! quelle foule ! Je n'ai garde de m'y aller frot- « ter, et j'aime bien mieux entrer des derniers.

» Il y a là vingt gens qui sont fort assurés de n'entrer » point, et qui ne laissent pas de se presser et d'occuper & toutes les avenues de la porte.

LA GRANGE

» Crions nos deux noms à l'huissier, afin qu'il nous » appelle.

MOLIÈRE

» Cela est bon pour toi; mais, pour moi, je ne veux pas » être joué par Molière.

LA GRANGE

« Je pense pourtant, marquis, que c'est toi qu'il joue dans » la Critique.

MOLIÈRE

» Moi? Je^uis ton valet; c'est toi-même en propre per-

» sonne.

LA GRANGE

» Ah! ma foi, lu es bon de m'appliquer ton personnage.

MOLIÈRE

» Parbleu 1 je te trouve plaisant de me donner ce qui » l'appartient.

LA GRANGE, nant.

» Ah! ah! ahJ cela est drôle!

MOLIÈRE, riant.

» Ah! ah! ah! cela est bouffon!

LA GRANGE

» Quoi! tu veux soutenir que ce n'est pas toi qu'on joue » dans le marquis de la Critique?

MOLIÈRE

» Il est vrai, c'est moi. Détestable, morbleu! détestable.' » tarte à la crème! C'est moi, c'est moi, assurément c'est )) moi.

LA GRANGE

» Oui, parbleu! c'est toi, tu n'as que faire de railler; et, » si lu veux, nous gagerons, et verrons qui a raisop. des » deux.

MOLIÈRE

» Et que veux-tu gager encore?

LA GRANGE

» Je gage cent pistoles que c'est lov.

MOLIÈRE

» Et moi, cent pistoles que c'est toi.

LA GRANGE

» Cect pistoles comptant?

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