‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 176 sur 266 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

MOLIÈRE

» Soit. Mais, dis-mùi chevalier, crois-tu que ton Molière » est épuisé maintenant, et qu'il ne trouvera plus de ma- V îière pour...

BRÉCOURT

» Viu^ de matière? Eh! mon pauvre marquis, nous !ui » en fournirons toujours assez ; et nous ne prenons guère » le chemin de nous rendre sages pour * tout ce qu'il fait » et tout ce qu'il dit. »

MOLIÈRE

Attendez, il faut marquer da\antage tout cet endroit. Écoutez-le dire un peu. « Et qu'il ne trouvera plus de ma- » tière pour... — plus de m.itière? Eh ! mon pauvre mar- » quis, nous lui en fournirons toujours assez, et nous ne » prenons guère le chemm de nous rendre sages pour tout » ce qu'il fait et tout ce qu'il dit. Crois-tu qu'il ait épuisé » dans ses comédies tout ie riau-ule des hommes ? Et, sans » sortir de la cour, n'a-t-il pas encore vingt caractères de » gens où il n'a point touché ? N'a-t-il pas, par exemple, » ceux qui se font les plus grandes amitiés du monde, et, » qui le dos tourné, font galanterie de se déchirer l'un i'au- » tre? N'a-t-il pas ces adulateurs à outrance, ces flatteurs » insipides, qui n'assaisonnent d'aucun sel les louanges qu'ils » donnent, et dont toutes les flatteries ont une douceur » fade qui fait mal au cœur à ceux qui les écoulent ? N'a-t- » il pas ces lâches courtisans de la faveur, ces perfides ado- » rateurs de la fortune, qui vous encensent dans la prospéï) rilé, et vous accablent dans la disgrâce ? N'a-t-il pas ceux » qui sont toujours mécontens de la cour, ces suivans inu- » tiles, ces incommodes assidus, ces gens, dis-je, qui, pour » services, ne peuvent compter que des importunités, et » qui veulent que l'on les récompense d'avoir obsédé le » prince dix ans durant ? N'a-t-il pas ceux qui caressent » également tout le monde, qui promènent leurs civilités à » droite et à gauche, et courent à tous ceux qu'ils voient » avec les mêmes embrassades et les mêmes protestations » d'amitié? — Monsieur, votre très-humble serviteur. Mon-

' Ali (ieu de • qu'il fasse et quoi qu'i) dise. Sens nrchaïque difficile 4 coiupieu^'c aujourd'liiii.

256 L'IMPROMPTU ÛÊ VERSAILLES

» sieur, je suis tout à votre service. Tenez-moi des vôtres, » mon cher. Faites état de moi, monsieur, comme du plus » cbaud le vos amis. Monsieur, je suis ravi de vous em- » brasser. Ah ! monsieur, je ne vous voyois pas 1 Failes- » moi la grâce de m'employer. Soyez persuadé que je suis » entièrement à vous. Vous êtes l'homme du monde que je » révère le plus. Il n'y a personne que j'honore à l'égal de » vous. Je vous conjure de le croire. Je vous supplie de t n'en point douter. Serviteur. Très-humble valet. — Va, » va, marquis, Moilière aura toujours plus de sujets qu'il s n'en voudra ; et tout ce qu'il a touché jusqu'ici n'est ricD. » que bagatelle au prix de ce qui reste. » Voilà à peu près comme cela doit être joué.

BRÉCOURT

C'est assez,

Poursuivez.

BRÉCOURT

« Voici Climène et Élise. »

MOLIÈRE, à mesdemoiselles Duparc et Molière.

Là-dessus vous arriverez toutes deux, (a mademoiselle Duparc.) Prenez bien garde, vous, à vous déhancher conune il faut et à faire bien des façons. Cela vous contraindra un peu ; mais qu'y faire ? 11 faut parfois se faire violence.

MADEMOISELLE MOLIÈRE

« Certes, madame, je vous ai reconnue de loin, et j'ai » bien vu à votre air que ce ne pouvoit être une autre que » vous.

MADEMOISELLE DUPARC

» Vous voyez. Je viens attendre ici la sortie d'un homme » avec qui j'ai une affaire à démêler.

MADEMOISELLE MOLIÈRE

» Et moi de même. »

MOLIÈRE

Mesdames, voilà des coffres qui vous serviront de fauteuils.

MADEMOISELLE DUPARC

t Allons, madame, prenez place, s'il vous plaît,

MADEMOISELLE MOUKRE

» Après vous madame. »

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