SCÈNE XI. — SGANARELLE
Peste soit des carognes qui me laissent dans l'inquiétude 1 Il fout absolument que je sache la destinée de mon mariage ; et, pour cela, je veux aller trouver ce grand magicien dont tout le monde parle tant, et qui, par son art admirable, fait voir tout ce que l'on souliaite. Ma foi, je crois que je n'ai que faire d'aller au magicien, et voici qui me montre tout ce que je puis demander.
1 Imitation de Rabelais, Pantagruel, Viv, III, c. XTS.
«CÈNE XII. - DORIMÈNE, LYCASTE, SGANARELLE, retiré dans ua coin du théâtre, sans être vu.
LYCASTE
Quoil belle Dorimène, c'est sans raillerie que vous parlez?
DORIMÈNE
Sans raillerie.
LYCASTE
Vous vous mariez tout de bon?
DORIMÈNE
Tout de bon.
LYCASTE
Et vos noces se feront dès ce soir?
DORIMÈNE
Dès ce soir.
LYCASTE
Et vous pouvez, cruelle que vous êtes, oublier de la sorte l'amour que j'ai pour vous, et les obligeantes paroles que vous m'avez données ?
DORIMÈNE
Moi? point du tout. Je vous considère toujours de même, et ce mariage ne doit point vous inquiéter ; c'est un homme que je n'épouse point par amour, et sa seule richesse me fait résoudre à l'accepter. Je n'ai point de bien, vous n'en avez point aussi, et vous savez que sans cela on passe mal le temps au monde, et qu'à quelque prix que ce soit il faut lâcher d'en avoir. J'ai embrassé cette occasion-ci de me mettra à mon aise; et je l'ai fait sur l'espérance de me voir bientôt délivrée du barbon que je prends. C'est un homme qui mourra avant qu'il soit peu, et qui n'a tout au plus que six mois dans le ventre. Je vous le garantis défunt dans le temps que je dis; et je n'aurai pas longuement à demander pour moi au ciel l'heureux état do veuve. (A SgaDareilo qu'elle aperçoit.) Ah! nous parlions de vous, et nous en disions tout le bien qu'oti en sauroit dire.
LYCASTE
E^l-ce là nionsieur?...