‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 25 sur 266 · ACTE 11, SCÈNE Xi · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCÈNE Xi

> Et que, si quelque chose étouffe sa poursuite, » C'est le juste respect qu'il a pour mon mérite. » Ce sont ses propres mots; e\,, loin de le blânv>r, Je le trouva honnête homme, et le plains de t'aimer.

ISABELLE, bas.

Ses feux lie trompent pas ma secrète croyance, Et toujours ses regards m'en ont dit l'innocence.

SGANARELLE

Que dis- tu?

ISABELLE

Qu'il m'est dur que vous plaigniez si foit Un homme que je hais à l'égal de la mort ; Et que, si vous m'aimiez autant que vous le dites, Vous sentiriez l'affront que me font ses poursuites

SGANARELLE

Mais il ne savoit pas tes inclinations; Et, par l'honnêteté de ses intentions, Soi amourne mérite...

ISABELLE

Est-ce les avoir bonnes.

Dites-moi, de vouloir enlever les personnes ? Est-ce être homme d'honneur déformer des desseins Pour m'épouser de force eu m'ôtant de vos mains? Comme si j'élois fille à supporter la vie Après qu'on m'auroit fait une telle infamie!

SGANARELLE

ConuneuL 7

ISABELLE

Oui, oui; j'ai su que ce traître d'amant Parle de m'obtenir par un enlèvement ; Et j'ignore, pour moi, les pratiques secrètes Qui l'ont instruit sitôt du dessein que vous faites De me donner la main dans huit jours au plus lard. Puisque ce n'est qu'hier que vous m'en files part-" Mais il veut prévenir, dit-on, celte journée Qui doit à votre sort unir ma destinée.

SGANARELLE

Voilà qui ne \a\it rien.

ISABELLE

Oh! que pardonnez-moi!

C'est un fort V.juuête homme, ei qui ne senl pour r^oi, *

SGANAKELLE.

Il a tort; el ceci passe la raillerie.

ISABKLLE.

Allez, votr'> deuceiir entrelient sa folie;

S'il vous eût vu lanlôt lui parler vertement,

Il craindroit vos transports et mon ressenlimeiiC,

Car c'est encor depuis sa lettre nié()risée

Qu'il a dit ce dessein qui m'a scandali-ée;

Et son amour conserve, ainsi que je l'ai su,

La croyance qu'il est dans m^n cœur bien reçu,

Que je fuis votre hymen, quoique le monde en croi*.

El me verrois tirer de vos mains avec joie.

8GANARËLLE.

11 est fou 1

Devant vous il sait se déguiser, Et son intention est de vous amuser.

Croyez parées beaux mots que le traître vous joue. Je suis bien malheureuse, il faut que je l'avoue, Qu'ave-cque tous mes soins pour \ ivre dans l'honneur Et rebuter les vœux d'un lâche suborneur, Il faille être exposée aux lâcheuses surprises De voir faire sur moi d'infâmes entrei)iises!

SGANARKLLE

Va ne redoute rien.

ISABELLE

Pour moi, je vous le di, Si voub n'éclatez fort contre un trait si hardi Et ne trouvez bientôt moyen de me défaire fJes [lerseculions d'un pareil téméraire, J'abandonnerai tout, et renonce à l'ennui De souiïrir les allronts que je reçois de lui

SGANAKELLE.

Ne l'a.-iise point tant, va. ma petite femme; )e m'en vais le trouver et lui chauler sa gamme.

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