‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 250 sur 266 · SCÈNE V. — LA PRINCESSE, MORON · texte numérisé non relu

SCÈNE V. — LA PRINCESSE, MORON

MORON

Il ne vous en doit rien, madame, en dureté de cœur,

Je donnerois volontiers tout ce que j'ai au monde pour avoir l'avantage d'en triompher,

MORON

Je le crois.

Ne pourrais-tu, Moron, me servir dans un tel dessein?

MORON

Vous savez bien, madame, que je suis tout à votre service.

Parle-lui de moi dans tes entretiens; vante-lui adroitement ma personne et les avantages de ma naissance, et tâche d'ébranler ses sentimens par la douceur de quelque espoir. Je te permets de dire tout ce que tu voudras, pour tâcher à me l'engager.

MORON

Laissez-moi faire.

C'est une chose qui me tient au cœur. Je souhaic? ardemment qu'il m'aime.

î! est bien fait, oui, ce petit pendard-là, il a bon air,

bonne physionomie, et je crois qu'il seroit assez le fait d'une jeune princesse.

Enfin, tu peux tout espérer de moi, si tu trouves moyen d'enflammer pour moi son cœur.

MORON

Il n'y a rien qui ne se puisse faire. Mais, madame, s'il venoit à vous aimer, que feriez-vous, s'il vous plail?

LA PRtNCESSE.

Ah! ce seroit lors que je prendrois plaisir à triomplior pleinement de sa vanité, à punir son mépris par mes froideurs, et à exercer sur lui toutes les cruautés que jo pourrois imaginer.

MORON

Il ne se rendra jamais.

Ah! Moron, il faut faire en sorte qu'il se rende.

MORON

Non, il n'en fera rien. Je le connois; ma peine seroit inutile.

Si 1 faut-il pourtant tenter toutes choses, et éprouver si son âme est entièrement insensible. Allons. Je veux iui parler, et suivre une pensée qui vient de me venir.

Page 1