SCÈNE VI. — LA PRINCESSE, MORON
MORON
Mais, madame, s'il vous aimoit, vous n'en voudriez point, et cependant vous ne voulez pas qu'il soit à une autre. C'est faire justement comme le chien du jardinier i.
Non, je ne puis souffrir qu'il soit heureux avec une autre; et, si la chose étoit, je crois que j'en mourrois de déplaisir
MORON
Ma foi, madame, avouons la dette. Vous voudriez qu'i
1 Proverbe populaire espagnol, qui équivaut au vers célèbre de Voltaire II ne fait rie^ j-t nuit à qui veut faire.
fût à vous ; et, dans toutes vos actions, il est aisé de voir que vous aimez un peu ce jeune prince.
Moi, je l'aime! 0 ciel ! je l'aime! Avez-vous l'insolence de prononcer ces paroles? Sortez de ma vue, impudent, et ne vous présentez jamais devant moi!
MORON
Madame...
Retirez-vous d'ici, vous dis-je, où je vous en ferai retirer d'une autre manière.
MORON, bas, à part.
Ma foi, son cœur en a sa provision; et...
n rencontre un regard de la princesse, qui l'oblige à se retirer.
SCÈNEVII. — LA PRINCESSE.
De quelle émotion inconnue sens-je mon cœur atteint? Et quelle inquiétude secrète est venue troubler tout d'un coup la tranquillité de mon âme? Ne seroit-ce point ausr- ce qu'on vient de me dire? et, sans en rien savoir n'aimeroisje point ce jeune prince? Aht si cela étoit, je serois personne à me désespérer! Mais il est impossible que cela soit, et je vois bien que je ne puis pas l'aimer. Quoi ! je ne serois capable de cette lâcheté ' J'ai vu toute la terre à mes pieds avec la plus grande insensibilité du monde ; les respects, les hommages et les soumissions n'ont jamais pu toucher mon âme, et la fierté et le dédain en auroient triomphé! J'ai méprisé tous ceux qui m'ont aimée, et j'aimerois le seul qui me méprise! Non, non, je sais bien que je ne l'aime pas. Il n'y a pas de raison à cela. Mais, si ce n'est pas de l'amour que ce que je sens maintenant, qu'est-ce donc que ce peut-être? et d'où vient ce poison qui me court par toutes les veines et ne me lais.se point en repos avec moi-même? Sors de mon cœur, qui que tu sois, ennemi qui te caches. Attaque-moi visiblement, et deviens à mes yeux la plus affreuse bête de tous
os bois, afin que mon dard et mes flèches me puissent délai re de toi.
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QUATRIÈME INTERMÈDE