‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 34 sur 266 · ACTE III, SCÈiNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈiNE II

Ce que pour moi l'on sait qu'il a d'attachement.

SGANARELLE

El tu tr-juves cela...

ISABELLE

Moi? J'en suis courroucée.

Quoi I ma sœur, ai-je dit, êles-vous insensée ? Ne rougissez-vous point d'avoir pris tant d'amour Pour ces sortes de gens qui ciiangent ciiaque jour. D'oublier votre sexe, et tromper l'espérance D'un homme dont le ciel vous donnoil l'alliance V

SGANARELLE

Il le mérite bien; et j'en suis fort ravi.

ISABELLE

Enfin de cent raisons mon dépit s'est servi Pour lui bien reprocher des bassesses si grandes, Et pouvoir cette nuit rejeter ses demandes : Mais elle m'a fait voir de si pressans désirs, A tant versé de pleurs, tant poussé de soupirs, Tant dit qu'au désespoir je porterois son âme bl l^. lui refusois ce qu'exige sa flamme, Qu'à ccder, malgré moi, mon cœur s'est vu réduit: Et, pour juslitier celle intrigue de nuit, Où me faisoii du sang relâcher la tendresse, J'allois faire avec moi venir coucher Lucrèce, Dont vous me vantez tant les vertus chaque jour : Mais vous m'avez surprise avec ce prompt retour.

SGANARELLE

Non, non, je ne veux point chez moi tout ce myslèie. J'y pourrois consentir à l'égard de mon frère : Mais on peut être vu de quelqu'un du dehors ; Et celle que je dois honorer de mon corps Non-seulement doit être et pudique et bien née, H ne faut pas que même elle soit soupçonnée. Allons chasser l'inlâme ; et de sa passion...

Ahl vous lui donneriez trop de confusion ;

El c . ^l pvec raison qu'elle pourroit se plaindre

Du peu Ue roteuue ou j ai su me contraindre :

Puisque de son dessein je dois me départir, Attendez que du moins je la fasse sortir.

SGANARELLE

Eh bien, fais.

ISABELLE

Mais surtout cachez- vous, je vous prie, Et, sans lui dire rien, daignez voir sa sortie.

SGANARELLE

Oui, pour l'amour de toi je retiens mes transports : Mais, dès le même instant qu'elle sera dehors. Je veux, sans différer, aller trouver mon frère : J'aurai joie à courir lui dire celte affaire.

ISABELLE

Je vous conjure donc de ne me point nommer. Bonsoir: car tout d'un temps * je vais me renfermer.

SGANARELLE, seul.

Jusqu'à demain, ma mie... En quelle impatience Suis-je de voir mon frère, et lui conter sa chance I 11 en tient, le bonhomme, avec tout son phébus2, Et je n'en voudrois pas tenir vingt bons écus.

ISABELLE, dans la maison.

Oui, de vos déplaisirs l'atteinte m'est sensible. Mais ce que vous voulez, ma sœur, m'est impossible : Monhonneur, qui m'est cher, y court trop de hasard. Adieu. Retirez-vous avant qu'il soit plus tard.

SGANARELLE

La voilà qui, je crois, peste de belle sorte :

De peur qu'elle revînt 3, fermons à clef la porte.

ISABELLE, en sortant *.

0 ciel! dans mes desseins ne m'abandonnez pasi

SGANARELLE

OÙ pourra-t-elle aller? Suivons un peu ses pas.

• Pour : à l'instant même; du latin, in ipso tempore.

2 Pour ; discours de rhétoiique; du c>'*-'c Photbos, dieu Jos beaux discours.

3 Puur : qu'elle puisse revenir. Forme conditionnelle très viprcssivA et tri-s-rapide.

* Isabelle sort Je la luaisoii, voildc, ou, comme disent les Ëspagaoll, êmbozadu.

Page 1