‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 43 sur 266 · ACTE III, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IX

LÉONOR

Et moi, je n'ai rien vu de plus insupportable; Et je préfërerois le plus simple entretien A tous les contes bleus de ces diseurs de rien. Ils croyant que tout cède à leur perruque blonde, Et pensent avoir dit le meilleur mot du monde, Lorsqu'ils viennent, d'un ton de mauvais goguenard, Vous railler sottement sur l'amour d'un vieillard ; Et moi, d'un tel vieillard je prise plus le zèle Que tous les beaux transports d'une jeune cervelle. Mais n'aperçois-je pas?...

SGANARELLE, k Ariste.

Oui, l'affaire est ainsi.

Apercerant Léonor.

Ah I je la vois paroître, et sa suivante aussi.

ARISTE

Léonor, sans courroux, j'ai sujet de me plaindre. Vous savez si jamais j'ai voulu vous contraindre. Et si plus de cent fois je n'ai pas protesté De laisser à vos vœux leur pleine liberté : Cependant votre cœur, méprisant mon suffrage, De foi comme d'amour à mon insu s'engage. Je ne me repens pas de mon doux traiieaient ; Mais votre procédé me touche assurément; El c'est une action que n'a pas méritée Cette tendre amitié que je vous ai portée.

LÉONOR

Je ne sais pas sur quoi vous tenez ce discours; Mais croyez que je suis de même que toujours. Que rien ne peut pour vous altérer mon estime, Que toute autre amitié me paroîtrait un crime, Et que, si vous voulez satisfaire mes vœux. Un saint nœud dès demain nous unira tous deux.

ARISTE

Dessus auel fondement venez-vous donc, mon frèro?.,.

SGANARELLE

Quoi! vous ne sortez pa-; du logis de Valère? Vous n'avez point conté vos amours aujourd'hi.i j'

Et vous ne brûlez pas depuis un an pour lui ?

LÉONOR

Qui vous a fait de moi de si belles peintures, Et prend soin de forger de telles imposiures?

SCÈNE X. — ISABELLE, VALÈRE, LÉONOR, ARISTE, SGANARELLE, UN COMMISSAIRE, UN NOTAIRE, LISETTE, ERGASTE.

ISABELLE

Ma sœur, je vous demande un généreux pardon, Si de mes libertés j'ai taché votre nom. Le pressant embarras d'une surprise extrême M'a tantôt inspiré ce honteux stratagème : Votre exemple condamne un tel emportement; Mais le sort nous traita nous deux diversement.

A Sganarelle.

Pour vous, je ne veux point, monsieur, vous faire excuse :

Je vous sers beaucoup plus que je ne vous abuse.

Le ciel pour être joints ne nous fit pas tous deux :

Je me suis reconnue indigne de vos vœux ;

Et j'ai bien mieux aimé me voir aux mains d'un autre

Que ne pas mériter un cœur comme le vôtre.

VALÈRE, à Sganarelle.

Pour moi, je mets ma gloire et mon bien souverain, A la pouvoir, monsieur, tenir de votre main.

ARISTE

Mon frère, doucement il faut boire la chose : D'une telle action vos procédés sont cause; Et je vois votre sort malheureux à ce point Que, vous sachant dupé, l'on ne vous plaindra point.

LISETTE

Par ma foi, je lui sais bon gré de cette affaire ; Et ce prix de ses soins est un trait exemplaire.

LÉONOR

Je ne sais si ce trait le doit faire estimer;

Mais je sais bien qu'au moins je ne le puis blfimor.

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