‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 55 sur 266 · SCÈNE V. — LISANDRE, ERASTE · texte numérisé non relu

SCÈNE V. — LISANDRE, ERASTE

LISANDRE.

Sous ces arbres de loin mes yeux t'ont reconnu,

Cher marquis, et d'abord je suis à toi venu.

Comme à de mes amis, il faut que je te chante

Certain air que j'ai fait de petite courante *,

Qui de toute la cour contente les experts.

Et sur qui plus de vingt ont déjà fait des vers.

J'ai le bien, la naissance, et quelque emploi passable,

Et fais Gsure en France assez considérable;

Mais je ne voudrois pas, pour tout ce que je suis,

N'avoir point fait cet air qu'ici je te produis.

Il prélude.

La, la, hem, hem ; écoute avec soin je te prie.

Il chante sa courante.

N'est-elle pas bel.'e?

ÉRASTE

Alil

LISANDRE.

Cette fin est jolie.

•Air de danse dont les pas étaient glissés et d'un niouvemenl foi! lant.

Il rechante la fia quatre ou cinq fois de suite. Comment la trouves-tu?

ÉRASTE

Fort belle, assurément.

LISANDRE.

Les pas que j'en ai faits n'ont pas moins d'agrément,

Et surtout la figure a merveilleuse grâce.

11 chante, parle et danse tout ensemhle, et fait faire à Éraste les figures

de la femme.

Tiens, l'homme passe ainsi; puis la femme repasse: Ensemble, puis on quitte, et la femme \iont là. Vois-tu ce petit trait de feinte que voi à? Ce fleuret? ces coupés courant après la belle? Dos à dos, face à face, en se pressant sur elle. Que t'en semble, marquis ?

ÉRASTE

Tous ces pas-là sont fins.

LISANDRE.

Je me moque, pour moi, de» maîtres baladins*.

ÉRASTE

On le voit.

LISANDRE.

Les pas donc?

ÉRASTE

N'ont rien qui ne surprenne.

LISANDRE.

Veux-tu, par amitié, que je te les apprenne?

ÉRASTE

Ma foi, pour ie présent, j'ai certain embarras...

LISANDRE.

Eh bien donc, ce sera lorsque tu le voudras.

Si j'avois dessus moi ces paroles nouvelles,

Nouîi Ips lirions ensemble, et verrions les plus belles.

ÉRASTE

Une autre fois.

> Pour : mnltre de ballets. Mot i|ui n'avuil alors aucun «eut dëfuvoiuLlfe.

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