ACTE m, SCENE V
Va-t'en faire venir ceux que je viens de dire, Pour les mettre en embûche i aux lieux que je désire, Afin qu'au nom d'Éraste on soit prêt à venger Mon honneur, que ses feux ont l'orgueil d'outrager, A rompre un rendez-vous qui dans ce lieu l'appelle, Et noyer dans son sang sa flamme criminelle.
LA RIVIÈRE, attaquant Damis avec ses compagnons. Avant qu'à tes fureurs on puisse l'immoler. Traître, tu trouveras en nous à qui parler.
ÉRASTE
Bien qu'il m'ait voulu perdre, un point d'honneur me presse De secourir ici l'oncle de ma maîtresse.
À Damis.
Je suis à vous, monsieur.
Il met l'épée à la main contre la Rivière et ses compagnons, qu'il met en fuite.
DAMIS
0 ciel ! par quel secours D'un trépas assuré vois-je sauver mes jours? A qui suis-je obligé d'un si rare service?
ÉRASTE, revenant.
Je n'ai feit, vous servant, qu'un acte de justice.
DAMIS
Ciell puis-je à mon oreille ajouter quelque foi? Est-ce la main d'Éraste...
ÉRASTE
Oui, oui, monsieur, c'est moi; Trop heureux que ma main vous ait tiré de peine, Trop malheureux d'avoir mérité votre haine,
DAMIS
Quoi I celui dont j'avois résolu le trépas
Est celui qui pour moi vient d'employer son bras?
Ah! c'en est trop, mon cœur est contraint de se rendre;
Et, quoi que votre amour ce soir ait pu prétendre,
Ce trait si surprenant de générosité
Doit étouffer en moi toute animosité.
1 Pour : embuscade. Du mot bois, «rù l'on d'embusqué pour surprendre l'homme qui va passer.
i04 LES FACHEUX
Je rougis de ma faute, et blâme mon caprice. jMa haine trop longtemps vous a fait injustice; Et, pour la condamner par un éclat fameux, Je vous joins dès ce soir à l'objet de vos vœux.