A Versailles ou à Fontainebleau
avec plus de fierté et de hauteur, et peut-être avec plus de dignité : on se nuit réciproquement avec plus d'habileté et de finesse; les colères sont plus éloquentes, et l'on se dit des injures plus poliment et en meilleurs termes; l'on n'y blesse point la pureté de la langue ^; l'on n'y offense que les hommes ou que leur réputation : tous les dehors du vice y sont spécieux- ; mais le fond, encore une fois, y est le même que dans les conditions les plus ravalées ; tout le bas, tout le foible et tout l'indigne s'y trouvent. Ces honmies si grands ou par leur naissance, ou par leur faveur, ou par leurs dignités, ces têtes si fortes et si habiles, ces femmes si polies et si spirituelles, tous méprisent le peuple, et ils sont peuple \
Qui dit le peuple dit plus d'une chose : c'est une vaste expression, et l'on s'étonneroit de voir ce qu'elle embrasse, et jusques où elle s'étend. Il y a le peuple qui est opposé aux grands : c'est la populace et la multitude; il y a le peuple qui est opposé aux sages, aux habiles et aux vertueux : ce sont les grands comme les petits^.
[b!i] Les grands se gouvernent par sentiment, âmes oisives sur lesquelles tout fait d'abord une vive impression. Une chose arrive, ils en parlent trop ; bientôt ils en
^ Édition 6*. Dans cette édition, le dernier mot peuple est en italiques. ^ Édition i".
1. « Le sot de la cour dit ses sottises plus élégamment que le sot de la ville ne dit les siennes. Dans un homme obscur, c'est une preuve d'esprit, ou du moins d'éducation, que de s'exprimer bien. Pour l'homme de la cour, c'est une nécessité ; il n'emploie pas de mauvaises expressions, parce qu'il n'en sait pas. Un homme de la cour qui parlerait bassement me paraîtrait presque avoir le mérite d'un savant dans les langues étrangères. » (Duclos, Considérations sur les mœurs.)