‹ Œuvres complètes de J. de La Bruyère (volume 2)Chapitre 70 sur 141 · Par son nom (sans dire monsieur · texte numérisé non relu

Par son nom (sans dire monsieur

2. Jean Fauconnet avait réuni dans ses mains trois fermes jusque-là distinctes : celle des domaines de France, celle des domaines des villes et places cédées par la paix de INimègue, et celle des gabelles, aides, entrées, etc. — Le temps n'est pas loin où les Fauconnet rechercheront les faiseurs de livres. Témoin Turcaret : « Pour surcroît de réjouissance, j'amènerai ici M. Gloutonneau, le poëte : aussi bien, je ne saurois manger, si je n'ai quelque bel esprit à ma table. 11 ne dit pas quatre mots dans un repas, mais il mange et pense beaucoup. Peste ! c'est un homme bien agréable. » (Acte II, scène 4). — C'est que Turcaret appartient déjà au xviu'' siècle, à un temps où Duclos écrira : « Les gens de fortune sont blessés des éloges qu'on donne à leur magnificence, parce qu'ils sentent qu'ils ont un autre mérite que celui-là. On veut tirer sa gloire de ce qu'on estime le plus. Ils recherchent les gens de lettres et se font honneur de leur amitié. » {Considérations sur les mœurs, 1750.)

3. La Bruyère a écrit en majuscules le nom de Descartes, comme plus haut celui d'Homère ; et il a mis en italiques ces mots né François et mort en Suède, pour rappeler les persécutions qui avaient éloigne Descartes de sa patrie et l'avaient conti-aint à accepter l'hospitalité de la reine Christine. Né en Touraine en 1596, il était mort à Stockholm en 1650. — Au sujet des persécutions dont la philosophie de Descartes a été l'objet au xvm* siècle, surtout de la part des jésuites, au sujet des sympathies qu'elle rencontra à Port-Royal, à l'Oratoire et chez les prélats tels que Bossuet et Fcnelon, enfin au sujet de son influence sur tout le xvii'= siècle, voyez VHistoire de la philosophie cartésienne de M. l'r. Bouillier, ch. xx, xxi, xxii et xxni.

[57] Du même fond d'orgueil dont l'on s'élève fièrement au-dessus de ses inférieurs, l'on rampe vilement devant ceux qui sont au-dessus de soi \ C'est le propre de ce vice, qui n'est fondé ni sur le mérite personnel ni sur la vertu, mais sur les richesses, les postes, le crédit, et sur de vaines sciences, de nous porter également à mépriser ceux qui ont moins que nous de cette espèce de biens, et à estimer trop ceux qui en ont une mesure qui excède la nôtre.

[58] Il y a des âmes sales, pétries de boue et d'ordure, éprises du gain et de l'intérêt, comme les belles âmes le sont de la gloire et de la vertu; capables d'une seule volupté, qui est celle d'acquérir ou de ne point perdre; curieuses et avides du denier dix ^ ; uniquement occupées de leurs débiteurs ; toujours inquiètes sur le rabais ou sur le décri des monnoies ; enfoncées et comme abîmées dans les contrats, les titres et les parchemins. De telles gens ne sont ni parents, ni amis, ni citoyens, ni chrétiens, ni peutêtre des hommes : ils ont de l'argent.

[59] Commençons par excepter ces âmes nobles et courageuses, s'il en reste encore sur la terre, secourables, ingénieuses à faire du bien, que nuls besoins, nulle disproportion, nuls artifices ne peuvent séparer de ceux qu'ils se sont une fois choisis pour amis ; et après cette précaution, disons hardiment une chose triste et douloureuse à ima-

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