‹ Œuvres complètes de J. de La BruyèreChapitre 102 sur 155 · LES CARACTERES DE THEOPHRASÏE · texte numérisé non relu

LES CARACTERES DE THEOPHRASÏE

mins les jeunes gens au passage \ et qui pour ainsi dire les enlèvent et les ravissent. )> Dans une compagnie où il se trouve quelqu'un qui parle mal d'une personne absente, il relève la conversation : « Je suis, lui dit-il, de votre sentiment : cet homme m'est odieux, et je ne le puis souffrir. Qu'il est insupportable par sa physionomie! Y a-t-il un plus grand fripon et des manières plus extravagantes? Savez-vous combien il donne à sa femme - pour la dépense de chaque repas? Trois oboles^, et rien davantage; et croiriez -vous que^ dans les rigueurs de l'hiver et au mois de décembre, il l'oblige de se laver avec de l'eau froide? » Si alors quelqu'un de ceux qui l'écoutent se lève et se retire, il parle de lui presque dans les mêmes termes. Nul de ses plus familiers n'est épargné; les morts mômes dans le tombeau ne trouvent jJ as un asile contre sa mauvaise langue^.

1. Elles tenoient hôtellerie sur les chemins publics, où elles se raêloient d'infâmes commerces. {Note de la Bruyère.) La traduction est loin d'égaler la crudité du texte, et omet à dessein certains détails.

2. Le texte ajoute : «( qui lui a apporté en dot huit talents. » — Le talent correspondait à 5,500 francs de notre monnaie.

3. Il y avoit au-dessous de cette monnoie d'autres encore de moindre prix. [ISote de La Bruyère.) — Le texte grec dit non trois oboles, mais trois petites pièces de cuivre. Il en fallait huit pour une obole, qui correspondait à 15 centimes de notre monnaie.

4. Il étoit défendu chez les Athéniens de parler mal des morts, par une loi de Solon, leur législateur. [Note de La Bruyère.) — Le texte ajoute : « Et ce vice, il l'appelle franchise, esprit démocratique, liberté; il en fait son plus doux passe-temps. Quand la langue démange à ces hommes moroses, ils deviennent maniaques, et tombent en délire. » (Trad. Stiévenart.)

DISCOURS

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