La C^ ou la 7« édition
2. Lettre publiée, en 1708, à la Haye, dans le Santeuilliana (2** partie, p. 40 et 41), et reproduite depuis dans divers recueils épistolaires : Lettres choisies de Messieurs de l'Académie française sur toutes sortes de sujets, Paris, J. B. Goignard, 1708; Nouvelles lettres familières et autres sur
monsieur? Je vous ai fort bien défini la première fois^ : vous avez le plus beau génie du monde et la plus fertile imagination qu'il soit possible de concevoir ; mais pour les mœurs et les manières, vous êtes un enfant de douze ans et demi. A quoi pensez-vous de fonder sur une méprise ou un oubli, ou peut-être encore sur un malentendu, des soupçons injustes, et qui ne convenoient point aux personnes de qui vous les avez ? Comptez que M. le Prince et M'"^ la Princesse sont très-contents de vous, qu'ils sont très-incapables d'écouter les moindres rapports ; qu'on ne leur en a point fait, qu'on n'a point dû leur en faire sur votre sujet, puisque vous n'en avez point fourni de prétexte; que la première chose qu'ils auroient faite auroit été de condamner les rapporteurs : voilà leur conduite ; que tout le monde est fort content de vous, vous loue, vous estime, vous admire : et vous reconnoîtrez que je vous dis vrai. La circonstance du pâté ^ est foible contre les assurances que vous donne avec plaisir et avec une estime infinie,
Monsieur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
toutes sortes de sujets, etc., par René Milleran, 1709, p. 190, etc; et en dernier lieu par Ed. Fournier {Comédie de La Bruyère, p. 239). Cette lettre paraît postérieure à 1691, année où La Bruyère publia, dans sa 6® édition, le caractère de Théodas, c'est-à-dire fit le portrait de Santeul. — Elle est du moins postérieure à la mort de Condé (1686); car on y voit le père et la mère du duc de Bourbon désignés du nom de M. le Prince et M'"* la Princesse.
1. Soit dans la 0*^ édition où parut le caractère de Théodas, soit dans quelque conversation d'où sera sorti ce caractère. Voyez le chapitre des Jugements, n" 56.
2. Dans quelques-unes des reproductions de cette lettre, le mot pâté est corrigé en celui de passé. II est évident, comme le fait observer avec raison M. Servois, qu'il est fait allusion à quelque détail gastronomique, aujourd'hui oublié, mais qui n'avait pas été indifférent au chanoine de Saint-Victor.
PHÉLYPEAUX^ A LA BRUYERE-.
Brest, 5 juillet 1694.
11 me semble, monsieur, si je ne me trompe, d'avoir lu dans votre excellent livre des Mœurs de ce siècle que l'amour-propre nous expose souvent à de grands inconvénients. Il faut assurément que vous ne vous souveniez pas de ce passage, ou que vous ne le preniez pas pour vous, et que vous soyez aussi amoureux de vous-même que le Narcisse de Chantilly ^ pour croire que lorsque nous sommes seuls, M. de la Loubère et moi, nous ne passons pas un seul moment sans songer à vous : il faudroit que nous n'eussions guère de choses à faire. Je vous dirai, moi, pour rabattre un peu de votre vanité, que sans votre lettre nous n'aurions peut-être pas fait réflexion que vous fussiez au monde, et (yie notre voyage se seroit passé sans qu'il eût été fait mention de vous. Sérieusement parlant, vous êtes un grand paresseux depuis près de deux mois que je suis parti. Vous ne m'avez donné aucun signe de vie, et vous méritez bien les reproches que je vous fais. Cependant je me sens trop de penchant à vous pardonner,
1. Jérôme Phélypeaux, qui devint, après la mort -Je son père (1727), comte dePontchartrain, était depuis 1692 conseiller au parlement, et en 1693, fut nommé survivancier de la charge de secrétaire d'État de la marine, alors occupée par son père. — « Son père, dit Saint-Simon {Note sur le Journal de Dangeau, t. V, p. 248), l'avoit envoyé faire une tournée par les ports du royaume pour apprendre, où il fut reçu partout en fils de France. » C'est pendant cette tournée qu'il écrivit à La Bruyère.
2. Lettre qui provient, ainsi que la suivante, de registres contenant les copies des lettres de Phélypeaux fils (aux archives du ministère de la marine), et publiées pour la première fois par M. Depping, dans le Bulletin du comité historique des monuments écrits de Vhistoire de France, t. II, p. 55.