‹ Œuvres complètes de J. de La BruyèreChapitre 6 sur 155 · Et qu'une main savante, avec tant d'artifice · texte numérisé non relu

Et qu'une main savante, avec tant d'artifice

Bâtit de ses cheveux le galant édifice.

(BoiLEAu, satire X, vers 193 et 194.)

opposées, qui emploient pour le comique et pour la mascarade ce qui leur a servi de parure grave et d'ornements les plus sérieux; et que si peu de temps en fasse la différence ^^^

[13] N... est riche, elle mange bien, elle dort bien; mais les coiffures changent % et lorsqu'elle y pense le moins, et qu'elle se croit heureuse, la sienne est hors de mode ^.

[ili] Iphis voit à l'église un soulier d'une nouvelle mode; il regarde le sien et en rougit; il ne se croit plus habillé. 11 étoitvenu à la messe pour s'y montrer, et il se

" Édition 4".

'' Édition 6«.

1. «... le me plains de la particulière indiscrétion de nostre peuple, de se laisser si fort piper et aueugler à l'autorité de l'usage présent, qu'il soit capable de changer d'opinion et d'aduis touts les mois, s'il plaist à la coustume, et qu'il iuge si diuersement de soy mesme. Quand il portoit le buse de son pourpoinct entre les mammelles, il maintenoit par vifues raisons qu'il cstoit en son vray lieu : quelques années aprez, le voyla aualé iusques entre les cuisses ; il se mocque de son aultre usage, le treuue inepte et insupportable. La façon de se vestir présente luy faict incontinent condamner l'ancienne, d'une resolution si grande et d'un consentement si uniuersel, que vous diriez que c'est quelque espèce de manie qui lui tourneboule ainsi l'entendement. » Montaigne, Essais, I, 49. — « Est -il présentement permis de prendre la toque et la fraise, à cause que nos pères s'en sont servis? Et les femmes peuvent-elles porter des vertugadins et des chaperons, si ce n'est au carnaval, lorsqu'elles veulent se déguiser pour aller en masque ? » (Malebranche, de la Recherche de la vérité, II, 3® partie, ch. III.)

2. En 1691, les femmes abandonnèrent les coiffures hautes qui c'taient à la mode depuis dix ans. M'"*^ de Scvigné (lettre du 15 mai 1G9I) plaisante sur ce changement de mode, « la plus grande affaire qui soit à la cour. » On revint du reste bientôt aux coiffures élevées , et il fallut que le roi s'en mêlât : c'est lui qui « pria les princesses de ne plus s'en servir. » (Lettre de l'abbé de Choisy, dans la Correspondance de Bussy, 't. Vf, p. i85.)

cache ; le voilà retenu par le pied dans sa chambre tout le reste du jour. Il a la main douce, et il l'entretient avec une pâte de senteur; il a soin de rire pour montrer ses dents; il fait la petite bouche, et il n'y a guère de moments où il ne veuille sourire ; il regarde ses jambes, il se voit au miroir : l'on ne peut être plus content de personne qu'il l'est de lui-même ; il s'est acquis une voix claire et délicate, et heureusement il parle gras; il a un mouvement de tète, et je ne sais quel adoucissement dans les yeux, dont il n'oublie pas de s'embellir* ; il a une démarche molle et le plus joli maintien qu'il est capable de se procurer; il met du rouge, mais rarement, il n'en fait pas habitude. Il est vrai aussi qu'il porte des chausses et un chapeau, et qu'il n'a ni boucles d'oreilles ni collier de perles ; aussi ne l'ai-je pas mis dans le chapitre des femmes^

[15] Ces mêmes modes que les hommes suivent si volontiers pour leurs personnes, ils affectent de les négliger dans leurs portraits, comma s'ils sentoient ou qu'ils prévissent l'indécence et le ridicule où ellee peuvent tomber dès qu'elles auront perdu ce qu'on appelle la fleur ou l'agrément de la nouveauté; ils leur préfèrent une parure arbitraire, une draperie indifférente, fantaisies du peintre qui ne sont prises ni sur l'air ni sur le visage, qui ne rap-

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