‹ Œuvres complètes de J. de La BruyèreChapitre 97 sur 155 · C'est-à-dire des comptes, des mémoires · texte numérisé non relu

C'est-à-dire des comptes, des mémoires

c'est le débris de quelques vaisseaux qui ont fait naufrage sur cette côte; aussi tremble-t-il au moindre flot qui s'élève, et il s'informe avec soin si tous ceux qui navigent^ avec lui sont initiés ^ S'il vient à remarquer que le pilote fait une nouvelle manœuvre, ou semble se détourner comme pour éviter un écueil, il Vinterroge^ il lui demande avec inquiétude s'il ne croit pas s'être écarté de sa route, s'il tient toujours la haute mer^ et si les dieux sont propices -. Après cela il se met à raconter une vision qu'il a eue pendant la nuit, dont il est encore tout épouvanté, et qu'il prend pour un 7nauvais présage. Ensuite ses frayeurs venant à croître, il se déshabille et ôte jusques à sa chemise ^ pour pouvoir mieux se sauver à la nage ; et après cette précaution^ il ne laisse pas de prier les nautoniers de le mettre à terre. Que si cet homme foible, dans une expédition militaire oii il s'est engagé^ entend dire que les ennemis sont proches, il appelle ses compagnons de guerre, observe leur contenance sur ce bruit qui court^ leur dit qu'il est sans fondement^ et que les coureurs n'ont pu discerner si ce qu'ils ont découvert à la campagne sont amis ou ennemis; mais si l'on n'en peut plus douter par les clameurs que l'on entend, et s'il a vu

^ Navigent était l'orthographe de La Bruyère. (Richelet, Dictionn. fr., 1680) donne naviger et naviguer.

1. Les anciens navigeaient rarement avec ceux qui passoient pour impies, et ils se faisoieni initier avant de partir, c'est-à-dire instruire des mystères de quelque divinité, pour se la rendre propice dans leurs voyages. Voyez ci-dessus le chapitre de la Superstition. {Note de La Bruyère.)

2. Ils consultoient les dieux par les sacrifices ou par les augures, c'est-à-dire par le vol, le chant et le manger des oiseaux, et encore par les entrailles des bêtes. {Note de La Bruyère.)

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