CHAPITRE II
Plan de la société sur le fondement des deux premières lois par deux espèces d'engagemens.
I , 1. Quoique l'homme soit fait pour connaître et pour aimer le souverain-bien , Dieu ne l'a pas mis d'abord dans la possession de cette fin , mais il l'a mis auparavant dans cette vie, comme dans une voie pour y parvenir; et, comme l'homme ne peut se porter à aucun objet par d'autres démarches que par des vues de son entendement et par les mouvemens de sa volonté, Dieu a fait dépendre la connaissance claire et l'amour immuable du souverain- bien qui doit faire la félicité de l'esprit et du cœur de l'homme, de l'obéissance à la loi qui lue commande de méditer et d'aimer ce bien unique, autant qu'il peut en être capable pendant cette vie ; et il ne la lui donne que pour en tourner tout l'usage à la recherche de cet objet, seul digne d'attirer, et toutes ses vues et tous ses désirs (i).
On n'entre pas ici dans l'explication des vérités que la religion nous apprend sur la manière dont Dieu conduit et élève l'homme à cette recherche. Il suffit, pour donner l'idée du plan de la société, de les supposer, et de remarquer que c'est tellement pour occuper l'homme à l'exercice de cette première loi et de la seconde que Dieu lui donne l'usage de la vie dans cet univers, que tout ce qu'il peut y voir en soi-même et dans tout le reste des créatures, sont autant d'objets qui lui sont donnés pour l'y engager. Car, pour la première loi, il doit sentir, dans la vue et dans l'usage de tous ces objets, qu'ils sont autant de traits et d'images de ce que Dieu veut qu'on connaisse et qu'on aime en lui; et pour la seconde loi. Dieu a tellement assorti les hommes entre eux, et l'univers à tous les hommes, que les mêmes objets qui doivent les exciter à l'amour du souverain-bien, les engagent aussi à la société et à l'amour mutuel entre eux; car on ne voit et on ne connaît rien, ni hors de l'homme, ni dans l'homme, qui ne marque sa destination à la société.
Ainsi, hors de l'homme, les cieux, les astres, la lumière, l'air, sont des objets qui s'étalent aux hommes comme un bien commun à tous, et dont chacun a tout son usage; et toutes les choses que (i) Dout. cap. 6, V. 4> 5, 6, 7, 8, 9; idem. cap. 11, v. 18.