ACTE m, SCENE III. ai
pur tâter le pouls à Isabelle ; j'ai bien d'autres prétentions sur..,.
Oui! et de quelle nature , s'il vous plaît, sont les prétentions d'un médecin sur une fille ?
M. BASSINET
Je Tiens ici pour Tépouser.
ISABELLE
Pour répouser! Isabelle ?
M. BASSIUST.
Isabelle.
ISABELLE
Ha, ha, ha!
M. BASSINET
Mais cela est donc bien drôle ?
ISABELLE
Point du tout; mais c'est que.... ha, ha, ha!... je ris comme cela quelquefois. Ha, ha, ha!
M. BASSINET
Comment donc! est-ce que je suis barbouillé?
ISABELLE
Bon! ne voyez-vous pas bien que je ris? Ha, ha, ha! Dites^moi un peu, monsieur, en vous déterminant à un saut si périlleux, vous etes-vous bien tâté? Favez-vous point senti quelque petit mal de tête.... TOUS m'entendez bien ?
M. BASSINET
Non, monsieur; je me porte fort bien : je ne suis pas sujet à la migraine.
ai4 L'HOMME A BONNES FORTUNES.
ISABELLE, lui mettaot la main sor le front.
Ma foi , vous porterez bien cela ; et je suis plus aise que vous ayez cette fîlle-là qu'un autre,
M. BASSIBTET.
Et moi aussi.
ISABELLE
Mais quand elle sera votre femme, au moins n'aU lez pas nous la gâter par vos manières ridicules. Nous avons eu assez de peine à la mettre sur le pied où elle est. Le joli tour d'esprit! elle Ta comme le corps.
M. BASSINEE.
Comme le corps! et savez-vous comme elle Ta tourné ?
ISABELLE
Bon! qui le sait mieux que moi!, Si vous voulez, je vais la dessiner qu'il n'y manquera pas un trait. Une gorge, morbleu! plantée là,... Bon! c'est un marbre,
M. BASSINET
Ouf! quel peintre!
ISABELLE
Je vous dis que vous ne sauriez faire une meilleure affaire.
M. BASSINET
Je vois bien qu'elle ne seroit point mauvaise pour vous.
ISABELLE
Elle a, par-dessus cela, une adresse à conduire
ACTK in, SCKNE III. ii5
une aiïaire (U* cœur qui ne he coinprnul pas. C'est un pHtt di'mon pour li*â touri» dVsprir. Si elle est \otre femiius elle aura des intrijjues avec toute la terre f que vous ne vous en npereevrez non plus que si l'Ile étoit ù I\bnie et vous nu Japon. Diable ! un« r<inme eoinme cela est un trésor pour le repos du nu^nage.
M. BAAMINKT.
Et avec tous ces beaux talents-là , (1*011 vient qu'elle tmt pas mariée? Voilà des qualités merveilleuses pour être femme.
ISABKLLK.
No savez-vous pas les allur(*s du monde et la malignité des rivaux? Les uns disent qu'elle a des vapeurs; les autres lui font faire un voyage : il y en a disiez enragés qui lui font garder le lit cinq ou six mois pour une détorse.... et.... que sais-je, moi ! cent autres contes que Ton va soufller aux oreilles d*uu fiancé, qui ne manquent pas de ronipre un maiinge tomme ud verre; et si , de tout cela^ bien souvent il ny en a pas la moitié de vrai.
M. BASAIBrET,
Quand il n*y en auroit que le quart ^ c'est bien encore assez, de par tous les diables! une détorse 1
18ABBLLB.
Au moins, je veux dtre de vos amis; et je pré« tends , quand vous serez marié, aller sans façon manger chez vous votre chapon.
2i6 L'HOMME A BONNES FORTUNES.
M. B\SSINET.
Monsieur, vous me faites trop d'honneur; mais je ne mange jamais de volaille. A oe que je vois, vous connoissez parfaitement la demoiselle en question?
ISABELLE
Ce n'est pas d'aujourd'hui que nous sommes toujours ensemble, et si vous étiez discret, je vous apprendrois quelque chose sur son chapitre , que je suis sûr que vous ne savez pas.
M. BASSINET
Oh ! vous pouvez tout dire , et compter sur ma discrétion. Vous savez que les médecins....
ISABELLE
Je passe.... (Mais il faut voir si personne ne nous entend. ) Je passe toutes les nuits dans sa chambre.
H. BASSINET
Dans sa chambre ?
ISABELLE
Dans sa chambre. Je vous dirai même.... ; mais vous irez jaser.
M. BASSINET
Non , je me donne au diable.
ISABELLE
Cette nuit, nous avons reposé tous deux sur le même chevet. Prenez vos mesures là-dessus»
M. BASSINET
Sur le même chevet 1 ensemble ?