‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 2)Chapitre 163 sur 239 · ACTE II, SCENE IIL agi · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IIL agi

COLOMBIITB.

Oh ! Ton n'a garde ! Vous ne savez donc pas que Paris est la boutique de la légèreté ? il ne vient point d'étranger qui n'en emporte sa provision. Bon ! je i^otts dis que c'est le magasin de toute f inconstance qui se débite en Europe.

ISABELLE

Est-il possible ? Je ne Taurois jamais cru. Hélas ! quand un François dit qu'il vous aime , il vous le dit d'une manière si tendre et si passionnée, qu'il semble que son amour doive durer pour le moins vingt ans après sa mort.

COLOMBIlfK.

Vingt ans après sa mort!... Eh! oui.... Les femmes leroient trop heureuses si leur tendresse durott seulement vingt jours.

fSlBELLS.

Vous me surprenez.

COLOMBIirS.

La variété de leurs Hiodes ne marque«'t<«lle pas l'inconstance de leur humeur ? Aujourd'hui ils portent des perruques qui leur pendent jusqu'aux genoux , demain ils en iauront d'autres qui ne leur passeront pas les oreilles ; ils sont quelquefois habillés le plus simplement du monde , deux jours après il £mt les chercher dans leurs dentelles et leurs ru« bans ; tantôt ils sont serrés dans leurs habits et em* paquetés comme des momies, et quelquefois une pièce de drap ne suffit pas pour leur faire une manche

aQ2 LES FILLES ERRANTES. ,

d'été : enfin, tout est girouette dans un Franco» , depuis les pieds jusqu'à la tête.

iSABELi:.e« Cela peut être vrai pour rajustement et la manière de sliabiilcr; mais pour le cœur, je ne les crois point si sujets au changement.

COLOMBIITE.

Oh! vous avez raison ; ce sont des miroirs de Bdé^ lite. Voulez-vous que je vous représente un François qui veut surprendre la tendresse d^une jeune per* sonne? Premièrement, je vous avertis que la braise n^est pas plus chaude. Ah , ma chère enÊint ! ma princesse ! que de beautés ! que de charmes ! Les dieux ont'ils jamais rien fait d*aussi par&it que vou»? Non, mon amour ne peut aller plus loin , et je suis au dés^ espoir de n'avoir que des termes ordinaires pour vous Texprimer. Voulez-vous que j'expire à ya% pieds? Vous ne me dites rien. Il &ut donc mourir, puisque votre cruauté l'ordonne ! Là-dessus , on pleure , on laisse échapper un gros soupir, on se donne de la tête contre un coin de la cheminée ; il n^en faut pa« davantage ; voilà une femme dans la nasse.

ISABELLE

Mais vraiment, je le crois bien; un hoAime qui sWplique de la sorte est fort aimable. Le moyen de résister à ces gros soupirs-là! Ta voue qull ne m'en faudroit pas beaucoup d'un pareil style pour me persuader. Je sens que j'ai le c<Bur françois.

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