ACTE II, SCENE II
j'ai une aversion incroyable pour le jeu , et je suis fort aisé à vivre : je ne crois pas avoir assommé plus (le vingt paysans ; et si , ce n'étoit que pour des bagatelles , quelques rentes seigneuriales.
( 11 tire 8oa inoacboir, et laisse voir dans sa poche un pistolet et une bouteille ; il fait tomber des dé» et des cartes.)
TRAFIQUET, à part.
Voilà cet homme si doux, qui ne joue et qui ne boit pas ! (haut. ) Vous dites donc , monsieur, que ma fille sera doucement avec vous ; et qu'est-ce que c'est
que cela , s'il vous plaît ? ( il montre le pistolet.)
ARLEQUIN
Je porte toujours cela sur moi , car je n'aime pas à être contredit.
TRAFIQUET.
Vous m'assurez que sa dot ne court point de risque entre vos mains, et que vous ne jouez point?
( Il montre les cartes qui sont à terre.) ARLEQUIN.
Fi , monsieur ! il n'y a que des fripons qui s'amusent à ce métier -là. Je porte quelquefois des cartes et des dés par complaisance ; mais je ne m'en sers qu'en compagnie , et je vous assure que si j'étois seul je ne jouerois jamais.
PIERROT
Je vous l'ai toujours dit, monsieur; il n'y a bue les mauvaises compagnies qui gâtent la jeunesse.
TRAFIQ^UET.
Pour du vin , vous n'en buyez pas ?
ARLEQUIN
La crapule me fait horreur. Est-ce que les honnêtes gens boivent du vin ?
TRAFIQUET.
Je vois pourtant là quelque chose qui a assez la physionomie d'une bouteille.
PIERROT
Bon ! monsieur , vous avez la berlue.
ARLEQUIN
Oui, parbleu! il Ta; ce n'est que de l'eau-de-vie que je porte à une femme de qualité qui est en couche.
TRAFIQUET.
Allons, allons, il faut passer par là-dessus : on ne fera pas un homme exprès pour moi. Apparemment vous n'épouserez pas ma fille sans la voir? Pierrot , dis à Golombine qu'elle vienne saluer monsieur.
PISRROT.
Elle n'est pas ici.
TRAFIQUET.
Elle n'est pas ici ?
PIERROT
Non, monsieur; j'ai vu un chevalier avec un abbé qui sont venus pour l'emprunter jusqu'à sept heures.
L'emprunter! Comment donc! est-ce là cette fille si neuve? Si on me l'emprunte comme cela quand