ACTE II, SCENE IV
ces Parisiens-là. Vaille que vaille , puisque j'ai fait les frais du voyage , je vous ëpouscrai ; mais h condition que, dès le lendemain de la noce, vous vous mettrez dans la carriole du Mans pour venir* régenter les chapons de ma basse-cour : Tair de Paris donne trop de' maux de tcte.
COLOMBINE
Quelque loi que vous m'imposiez , elle me paroîtra toujours douce, pourvu que je sois sûre de passer avec vous le reste de mes jours : vous me tenez lieu de tout; et du moment que je vous ai vu, j'ai senti pour vous.... Ah ! ne m'obligez pas de m'expliquer ; j'en diroîs peut-être plus que je ne veux.
ARLEQUIN
Les filles de ce pays-ci sont faites avec des étoupcs ; il ne faut qu'une étincelle....
GOLOMBIN£.
J'ai une grâce à vous demander : les filles, comme vous savez , ont beaucoup d'ambition sur le fait du mariage ; j'ai eu toute ma vie une noble horreur pour les baillis du Maine ; ne pourriez-vous point changer de charge , et vous faire homme de qualité ?
ARLEQUIN
Très volontiers; rien n'est plus aisé : aussi-bien je suis en pourparler avec un marquis de nos cantons qui s'en va à l'armée; et, comme il a besoin d'argent , il veut me vendre sa charge de marquis avec sa pratique.
3Go LA COQUETTE.
COLOMBINE
Oh 9 monsieur ! que cela me fera de plaisir ! Mais , en achetant une charge de marquis, n'>oubliez pas, s'il vous plaît , de vous faire donner les airs déhanchés de ces messieurs-là.
AnL£QDIir.
Oh ! je n'en ai que faire : quand on a été toute sa vie élevé dans le Bas-Maine, les airs de cour ne sont que trop familiers. Adieu, ma belle enfant; touchez là : dans une heure au plus tard je vous fais marquise ou baillivesse; vous choisirez.