‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 2)Chapitre 29 sur 239 · ACTE II, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IL

vous les gens à qui vous devez ? et pourquoi faut-il que j*aie tous les jours la tête rompue de vos. folles dépenses y qui me mènent à Thôpital ? Je ne vois ici que des marchands qui apportent des parties, ou des maîtres qui demandent des mois.

ISABELLE

Ah! vraiment, je vous trouve plaisant! J'aime assee vos airs de reproches I Et depuis quand les ma* ris prennent-ils ces hauteurs-là avec leurs femmes ? Sachez, sll vous plaît, monsieur, qu'un homme comme vous, qui a épousé une fille de qualité comme moi , est trop heureux quand elle veut bien s'abaisser à porter son nom. Mon mérite n'est-il pas bien soutenu d'avoir pour piédestal le nom de monsieur Sotinet! Madame Sotinet! ah! quelle mortification! Je sens un soulèvement de cœur, quand j'entends seulement prononcer le nom de monsieur Sotinet.

colombihe.

Et que n'en changez-vous, madame ? n'est-ce pas la mode ? Je connois un homme qui s'appelle monsieur Josset , et sa femme se fait appeler madame la marquise de Bas-Aloi.

8OTINET.

Taisez-vous, impertinente ; on ne vous parle pas. Est-ce à vous à mettre là votre nez ? Vous n'êtes pas plus sage que votre maîtresse.

ISABELLE

Pourquoi voulez-vous qu'elle se taise, quand elle a raison ? Ne saitfon pas assez dans le monde l'hon-

7a LE DIVORCE.

neur que je vous ai fait, quand je vous ai épousé? Mais vous devez vous mettre en tête que je vous ai plutôt pris pour mon homme d'affaires que pour mon mari ; et je vous prie de ne plus vous mêler de ma conduite.

GOLOMBIirE.

Madame parle comme un oracle ; toutes les paroles qu'elle dit sont des sentences que toutes les femmes devroient apprendre par cœur.

SOTIWET. »

Vous devriez mourir de honte de la vie que vous menez. On n'entend parler d'autre chose que de votre jeu et de vos dépenses. Nous demeurons dans la même maison , et il y a huit jours que je ne vous ai rencontrée. Vous vous allez promener quand je me couche , et vous ne vous couchez que quand je me lève.

ISABELtE.

Ah , Golombine ! ne te souviens-tu point de ce petit air que m'apprit hier monsieur le Marquis ? Je l'ai oublié.

COLO'^MBIirE.

Non, madame; mais, si vous voulez, je vais vous en chanter un que je viens d'apprendre. La, la , la.

SOTINET.

Te tairas-tu donc , coquine ? Il y a long-temps que je suis las de tes impertinences. C'est toi qui me la gâtes , et un grand traîneur d'épée qui ne bouge d'ici. Mais j'empêcherai bien que cela ne dure , et je

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