ACTE II, SCENE III
àe cet homme-là ; mais je sais bien , moi , ce que j'en ferois, si j'étois à votre place. Quel moyen de vivre avec lui ? Il a toute la journée le gosier ouvert pour faire enrager tout le monde.
ISABELLE
A te dire vrai , Colombine , je suis bien lasse de la vie que je mène. C'est un homme qui n'est jamais dans la route de la raison ; il a des travers d'esprit qui me désolent. Mais que veux-tu ? Je suis mariée ; c'est un mal sans remède. Toute ma consolation est que nous nous ferons bien enrager tous deux.
COLOMBIirE.
Mariée ! voilà une belle affaire ! est-ce là ce qui vous embarrasse ? Bon ! bon ! on se démarie aussi facilement qu'on se marie ; et je savois toujours bien , moi , que tôt ou tard il en falloit venir là ; il n'y avoit pas de raison autrement. Il ne tiendra donc qu'à faire impunément enrager les femmes, sous prétexte qu'elles sont douces et qu'elles n'aiment pas le bruit ! Oh! vous en aurez menti, messieurs les maris; et quand il n'y auroit que moi, j'y brûlerai mes livres, ou cela sera autrement. Donnez-moi la conduite de celte aflaire-là ; vous verrez comme je m'y prendrai.
ISABELLE
Mon dieu! Colombine, je voudrois bien n'en point venir là : je fais même tout ce que je puis pour avoir quelque estime pour monsieur Sotinet; mais je ne saurois en venir à bout. Je voudrois , Colombine ,
que tu fusses mariée ; tu verrois si c'est une chose si aisée que d'aimer un mari.
COLOMBINK.
Bon! est-ce que je ne le sais pas bien ? N'allez pas aussi vous mettre en tête de le vouloir faire ; vous y perdriez vos peines et votre temps.
ISABELLE
Et va, va, je n*y tâche que de bonne sorte. Mais nous perdons bien du temps. Je dois aller passer l'après-dinéc chez la Marquise : viens achever de m'habiller dans mon cabinet.
COLOMBINE
Mais , madame , qui est-ce qui entre là ?