‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 3)Chapitre 183 sur 246 · ACTE I, SCENE V. 3a · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE V. 3a

ment; mais avec un peu debeauté, et trois ou quatre mouches sur le nez, une fille ne va pas loin dans le siècle où nous sommes. Il faut de cela pour plaire ( Elle te tonclii le fïont), et pour attraper un époux, qui est le point difBcile. Nous commençons tout doucement à monter en graine , et nous sommes assez fortes pour bien soutenir une thèse en mariage.

ISABELLE

S'en tombe d'accord. Crois-tu , cousine , que j'aie le cœur plus dur que toi ? Je sens cpielquefoîs qu'une fille n'est pas née pour vivre seule; je t'avouerai même que j'emploie tout mon esprit paiH* attirer quelque amant dans le filet conjugal. Mais les hom- ~ mes sont des pestes de poissons rusés qui viennent badiner autour de l'appât , et qui mordent rarement à l'hameçon. Le mariage se décrie de jour en jour ; je crois , pour moi , que nous allons voir la fin du monde,

COLOHBIIfB.

Que tu es folle 1 Quoique le mariage ne soit plus guère à la mode , les hommes ont beau faire , ils ne sauroient se passer de nous. Leur répugnance pour le mariage vient de la simplicité des filles qui ne savent pas jouer leur rôle. L'homme est un animal qui veut être trompé.

ISABELLE

Se ne m'applique nuit et jour à autre chose. Je relève, avec art, les agréments que la nature m'a donnés : je joins à quelque brillant d'esprit les talents

D.,Goog[c

de la poésie et de la musique : pour mes manières, elles sont douces et insinuantes ; et, avec tout cela, point d'épouseurs.

COLOHBIIirE.

Mais que prétendent donc tous ces petits messieurs-là ?

ISABELLE

C'est ce que je ne conçois pas. On sait bien qu'il y a de certaines avances qili accrochent quel(]uefois. Mais vous en aurez menti , messieurs les soupirants; et si j'accorde quelque faveur , ce ne sera , ma foi , que par-devant notaire ; et en vertu d'ua bon parchemin bien signé.

COLOHBIHE.

Cependant ce n'est pas une chose si difficile que tu le penses, d'engager un homme. Savoir risquer un billet dans son temps , marcher sur le pied à l'uc, tendre la main à l'autre , se brouiller avec celui-ci , se raccommoder aveccelui-tà : crois-moi, avec ce petit manége-là, il faut, bon gré, mal gré, que quelque bète donne dans les toiles.

Il me semble que tu copies assez bien une coquette d'après nature. Prends-y garde , au moins; on ne fait plus guère de fortune à ce métier-ià.

COLOMBtHE.

Bon ! il n'y a plus que les sottesqlù se persuadent d'attraper des hommes par des airs composés. Cousine, le monde m'en a plus appris qu'à toi, et je te

umitiïcDïGoOglc

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