ACTE III, SCENE VIL SgS
COLOMBIHE.
Vous voulez VOUS divertir ; je sais ce que je dois croire , et j'appelle de votre modestie. >
ABLEQUIV.
Cela est, parbleu , comme je vous le dis ; et je veux que le diable m'emporte si jamais j'ai eu d'autres livres qu'un almanach avec un Parfait Maréchal. Bon! que nous faut- il à nous autres gens de cour? Beaucoup de bonne opinion, saupoudrée de quelques grains d'effronterie. Voilà toute notre science auprès
des femmes, (il m pramène.)
COLOMBIITE.
Mais où allez* vous donc? Vous avez des inquiétudes horribles dans les jambes , et vous ne sauriez vous tenir un moment en place.
ARLEQUIN
Ma foi , mademoiselle , il faut du plain-pied à un marquis. Je voudrois que vous vissiez à la Comédie le terrain que j'occupe sur le théâtre. Oh, parbleu! la scène n'est jamais vide avec moi. Il n'y a que le théâtre de l'Opéra où je me trouve un peu en brassière ; je n'y saurois pirouetter à ma fantaisie.
COLOMBINE
C'est-à-dire que vous n'oseriez pas y faire le fanâron comme ailleurs.
ABLKQUICT.
le suis pourtant toujours sur le bord du théâtre. IT y a long-temps que j'ai secoué k pudeur de ces demi-gens de qualité qui commencent à se donner
umitiïcDïGoOgk'
394 l'A COQUETTE.
au public. Ventrebleu! je ne tâte point des coulisses; sur l'orchestre, morbleu! sur l'orchestre.
COLOHBIHE.
Je ne sais pas, pour moi, quel plaisir prennent certaines gens, à la Comédie, de venir étouffer un acteur jusque sur les cliandelles. Comment voulezvous qu'un pauvre diable de comédien se fasse entendre au bout d'une salle? il faut donc qu'il crève?
ABLBQUIH.
Parbleu ! qu'il crève s'il veut; il est payé pour cela.
COLOHBINE.
Mais, de bonne foi, monsieur le Marquis, croyezvous que ce soit pour voir peigner votre perruque , prendre du tabac , et faire votre carrousel sur le théâb-e, que le parterre donne ses quinze sols? AHLEQnitr.
N'est-ce pas bien de l'honneur pour lui de voir des gens de qualité ? Ma foi , quand il n'auroit que ce plaisir-là , cela vaut bien une mauvaise comédie.
COLOMBINE
Assurément ; c'est ce qui &it qu'il s'est mis en droit de vous silUer aussi-bien que les méchantes pièces.
ARLEQDIS.
Il est vrai que le parterre devient terriblement orgueilleux : ce sont ces Italiens qui ont achevé de legàter. Savez-vous bien que cet été ils l'ont traité de monseigneur dans un placet ? Le parteire monseigneur ! j'enrage !