‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 3)Chapitre 50 sur 246 · ACTE m, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE m, SCENE VI

le ne suis pas surpris, messieurs, de voir à ce

nouveau tribunal une femme qui veut secouer le jour^

d'un mari; mais je m'étonne de n'y pas voir avec elte

la moitié des femmes de Paris.

CORSICHON.

Donnez-vous un peu de patience; nous n'aurons pas plus tôt démarié la première, qu'elles y viendront toutes les unes après les autres.

BR A ILLARDET.

En effet, messieurs, une jeune femme qui épouse un vieillard dans l'espérance de l'enterrer six mois après, n'est-elle pas en droit de lui demander raison de son retardement , et n'est-elle pas bien fondée à faire rompre son mariage , puisque son mari n'a pas satisfait à l'article le plus essentiel du contrat, par lequel ils'est obligé tacitement à ne pas passer l'année? Celui pour qui je parle , après avoir long-temps contemplé du port les naufrages de tant de malheureux époux , s'embarqua enfin sur la mer orageuse du mariage ; et quand il fit ce solécisme en conduite , qu'il souffrit cette léthargie de bon sens, cette éclipse de raison , s'il se fût mis une corde au cou , ou qu'U se fût jeté dans la rivière , il n'auroit jamais tant gagné 'en un jour.

COBSICHOS.

Ni sa femme aussi.

BRAILLARDET.

Il fit ce qu'ont accoutumé de faire les gens sur le retour , quand ils épousent de jeunes 611es , c'est-à- V. 7

umitiïcDïGoOgk'

dire qu'il confessa avoir reçu vingt mille écus, quoiqu'elle ne lui eût jamais rien apporté en mariage qu'un fonds de galanterie outrée j et une fureur effrénée pour le jeu : voilà la dot de la dame Sotinet.

CORHICHON.

Avec votre permission, maître Braillarde! , vous ne vous tiendrez pas pour interrompu, si je vous dis que vous eu avez menti : il a reçu vingt bons mille écus.

BRAILLA.RDET.

Des démentis, messieurs, des démentis! il est vrai que voilà le style ordinaire de maître Cornichon. coRWiCHorr.

Eh ! allez , allez votre chemin : je vous vois venir avec vos suppositions. Une fiireur pour le jeu ! une femme qui n'a pas vingt ans , une lureur pour le jeu !

BH&ILLA.RDET.

Oui , oui , messieurs ; quand je dis que voilà la dot de la dame Sotinet , je n'avance rien que de véritable ; mais ne croyez pas que , parce qu'elle n'a rien eu en mariage , elle en dépense moins en se mariant. Les jeunes filles qui se vendent à des vieillards achètent en même temps le droit de les envoyer à l'hôpital promptement, par leurs dépenses extravagantes : c'est ce qu'a presque fait la dame Sotinet ; car enfin le pauvre homme ne fut pas plus tôt marié , qu'il vit bien ( comme presque tous les autres qui s'enrôlent dans cette milice ) qu'il avoit fait une sot-

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