ACTE IV, SCENE II
ANGIÊLIQUE, & Hector.
Tiens, voilà dix louis. Ne me mens pas; dis-moi S'il n'est pas vrai qu'il joue à présent.
HECTOR
Oh! ma foi.
Il est bien revenu de cette folle ragcT, Et n*aura pas dé goût pour le jeu davantage.
ANGELIQUE
Avec tes faux soupçons , Nérine , hé bien , tu vois !
HECTOR
Il s'en donne aujourd'hui pour la dernière fois,
ANGÉLIQUE
Il jpûroit donc?
HECTOR
U joue , à dire vrai , madame ; Mais ce n'est proprement que par noblesse d'âme. On voit qu'il se défait de son argent exprès , Pour n'être plus touché que de vos seuls attraits.
IflÉRINE, k Angélique.
Hé bien, ai-je raison?
HECTOR
Son mauvais sort, vous dis-je, Mieux que tous vos discours aujourd'hui le corrige.
AirG:ÉLIQUE.
Quoi...,
HECTOR
N'admirez-vous pas cette fidélité?
Perdre exprès son argent pour n'être plus tenté ! U sait que l'homme est foible, il se met en défense.
Pour moi , je suis charmé de ce trait de prudence.
AWGIÉLIQUE.
Quoi! ton maître joûroit au mépris d'un serment?
HECTOR
C'est la dernière fols, madame, absolument.
On peut le voir encor sur le champ de bataille; U frappe à droite, à gauche , et d'estoc et de taille; Il se défend, madame, encor comme un lion.
Je l'ai vu, dans l'effort de la convulsion , Maudissant les hasards d'un combat trop funeste : De sa bourse expirante il ramassoit le reste ; Et paroissant éncor plus grand dans son malheur, Il vendoit cher son sang et sa vie au Vainqueur.
ANGÉLIQUE
Pourquoi l'as-tu quitté dans cette décadence?
HECTOR
Comme im aide-de-camp, je viens en diligence Appeler du secours : il faut faire approcher Notre corps de réserve , et je m'en vais chercher Deux cents louis qu'il a laissés dans sa cassette.
TTÉRINE.
Hé bien, madame! hé bien, êtes-vous satisfaite?
HECTOR
Les partis sont aux mains; à deux pas on se bat. Et les moments sont chers en ce jour de combat. Nous allons nous servir de nos armes dernières. Et des troupes qu'au jeu l'on nomme auxiliaires.