LE MARQUIS, LA COMTESSE
LE MARQUIS
A mon bonheur enfin , madame , tout conspire : Vous êtes tout à moi.
LA COMTESSE
Que voulez-vous donc dire , Marquis?
LE MARQUIS
Que mon amour n'a plus de concurrent; Que je suis et serai votre seul conquérant ; Que si vous ne battez au plus tôt la chamade , Il faudra Vous résoudre à souffrir l'escalade.
LA COMTESSE
Moi! que l'on m'escalade?
LE MARQUIS
Entre nous, sans £aiçon , A Valère de près j'ai serré le bouton :
Il m'a cédé les droits qu'il avoit sur votre âme.
LA COMTESSE
Hé ! le petit poltron !
LE MARQUIS
Oh! palsambleu, madame, Il seroit un Achille, un Pompée, un César, Je vous le cpnduirois poings liés à mon char. Il ne faut point avoir de mollesse en sa vie.
a84 LE JOUEUR.
Je suis vert.
LA COMTESSE
Dans le fond, j'en ai l'âme ravie.
Vous ne connoissez pas, Marquis, tout votre mal ; Vous avez à combattre encor plus d'un rival.
LE MARQUIS
Le don de votre cœur couvre un peu trop de gloire Pour n'être que le prix d'une seule victoire. Vous n'avez qu'à nommer....
LA COMTESSE
Non , non , je ne veux pas Vous exposer sans cesse à de nouveaux combats.
LE MARQUIS
Est-ce ce financier de noblesse mineure ,
Qui s'est fait depuis peu gentilhomme en une heure ;
Qui bâtit un palais sur lequel oh a mis
Dans un grand marbre noir, en or , l'hôtel Damis;
Lui qui voyoit jadis imprimé sur sa porte ,
Bureau du pied-fourché,« chair salée et chair morte;
Qui, dans mille portraits, expose ses aïeux,
Son père , son grand-père , et les place en tous lieux ,
En sa maison de ville , en celle de campagne ,
Les fait venir tout droit des comtes de Champagne,
Et de ceux du Poitou , d'autant que, pour certain.
L'un s'appeloit Champagne et l'autre Poitevin ?
LA COMTESSE
A vos transports jaloux un autre se dérobe.
LE MARQUIS
c'est donc ce sénateur, cet Adonis de robe,