‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 4)Chapitre 165 sur 273 · LE MARQUIS, LA COMTESSE · texte numérisé non relu

LE MARQUIS, LA COMTESSE

LE MARQUIS

A mon bonheur enfin , madame , tout conspire : Vous êtes tout à moi.

LA COMTESSE

Que voulez-vous donc dire , Marquis?

LE MARQUIS

Que mon amour n'a plus de concurrent; Que je suis et serai votre seul conquérant ; Que si vous ne battez au plus tôt la chamade , Il faudra Vous résoudre à souffrir l'escalade.

LA COMTESSE

Moi! que l'on m'escalade?

LE MARQUIS

Entre nous, sans £aiçon , A Valère de près j'ai serré le bouton :

Il m'a cédé les droits qu'il avoit sur votre âme.

LA COMTESSE

Hé ! le petit poltron !

LE MARQUIS

Oh! palsambleu, madame, Il seroit un Achille, un Pompée, un César, Je vous le cpnduirois poings liés à mon char. Il ne faut point avoir de mollesse en sa vie.

a84 LE JOUEUR.

Je suis vert.

LA COMTESSE

Dans le fond, j'en ai l'âme ravie.

Vous ne connoissez pas, Marquis, tout votre mal ; Vous avez à combattre encor plus d'un rival.

LE MARQUIS

Le don de votre cœur couvre un peu trop de gloire Pour n'être que le prix d'une seule victoire. Vous n'avez qu'à nommer....

LA COMTESSE

Non , non , je ne veux pas Vous exposer sans cesse à de nouveaux combats.

LE MARQUIS

Est-ce ce financier de noblesse mineure ,

Qui s'est fait depuis peu gentilhomme en une heure ;

Qui bâtit un palais sur lequel oh a mis

Dans un grand marbre noir, en or , l'hôtel Damis;

Lui qui voyoit jadis imprimé sur sa porte ,

Bureau du pied-fourché,« chair salée et chair morte;

Qui, dans mille portraits, expose ses aïeux,

Son père , son grand-père , et les place en tous lieux ,

En sa maison de ville , en celle de campagne ,

Les fait venir tout droit des comtes de Champagne,

Et de ceux du Poitou , d'autant que, pour certain.

L'un s'appeloit Champagne et l'autre Poitevin ?

LA COMTESSE

A vos transports jaloux un autre se dérobe.

LE MARQUIS

c'est donc ce sénateur, cet Adonis de robe,

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