ACTE III, SCENE I
Il faut, n'est-il pas vrai? que chacun ait son tour.
LISETTE
Oui, la chanson le dit. Dites-moi, je vous prie , Si pour le Chevalier votre ame est attendrie. Est-ce estime? est-ce amour?
ISABELLE
Oh ! je n'en sais pas tant^
LISETTE
Mais encor ?
ISABELLE
Je ne sais si ce que mon cœur sent Se peut nommer amour; mais enfin je t'avoue Que j'ai quelque plaisir d'entendre qu'on le loue : Par un destin puissant et des charmes secrets. Je me trouve attachée à tous ses intérêts; Je rougis, je pâlis, quand il s'offre à ma vue : S'il me quitte, des yeux je le suis dans la rue; Mais que te dis-je, hélas! mon cœur partout le suit. Ses manières, son air, occupent mon esprit; Et souvent, quand je,dors, d'agréables mensonges M'en présentent l'image au milieu de mes songes. Est-ce estime ? est-ce amour?
LISETTE
C'est ce que vous voudrez; Mais enfin c'est Un mal dont vous ne guérirez Qu'avec un récipé d'un hymen salutaire , Et je veux rti'employer à finir cette affaire. Le Chevalier , tout franc , est bien mieux voti'e fait. Léandre a de l'esprit; mais il est trop distrait. II. a5
Il vous faut un mari d'une humeur plus fringante, Léger dans ses propos, qui toujours danse ou chante; Qui vole incessamment de plaisirs en plaisirs, Laissant vivre sa femme au gré de ses désirs, S'embarrassant fort peu si ce qu'elle dépense Vient d'un autre ou de lui. C'est cette nonchalance Qui nourrit la concorde , et fait que dans Paris Les femmes, plus qu'ailleurs, adorent leurs maris.
ISABELLE
Tu sais bien que ma mère est d'une humeur étrange: Grois*tu que son esprit à ce parti se range?
Elle m'a défendu de voir le Chevalier.
Sans se voir on ne peut pourtant se marier.
Ne vous alarmez point : nous trouverons peut-être Quelque moyen heureux que l'amour fera naître, Qui pourra tout d'un coup nous tirer d'embarras. Un sort heureqx déjà conduit ici sas pas.