AVERTISSEMENT SUR LE BAL
Cette comédie a été représentée pour la première fois le jeudi 1 4 juin 1696, sous le titre du Bourgeois de Falaise. Elle a été imprimée sous ce même titre dans la première édition qui a été faite de cette pièce dans sa nouveauté. Depuis, l'auteur l'a nommée le Bal. C'est sous ce dernier titre qu'elle a reparu au théâtre, et qu'elle se trouve imprimée dans toutes les éditions des Œuvres dcf Regnard,
Le personnage de Sotencour est celui que l'auteur avoit regardé comme le principal de sa pièce, et qui avoit donné lieu à sa première dénomination; mais ce boiu'geois ridicule n'étoit qu'une mauvaise copie de Pourceaugnac; et comme la pièce n' avoit réussi qu'à l'aide de deux personnages subalternes, Mathieu Crochet et le Gascon FijaCj le poète a cru devoir supprimer le premier titre, et a intitulé sa pièce le Bal.
On peut en effet justement reprocher à Regnard l'invraisemblance et la foiblesse de l'intrigue de cette pièce. Ces défauts ne sont pas rachetés par .
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un comique soutenu ; et s'il y a quelques scènes plaisantes 9 il y en a plusieurs autres qui sont froides et inutiles.
Sotencour, comme nous l'avons remarqué, n'a rien de saillant, ^tne présente point un caractère d'un comique décidé. Il arrive du fond de la Normandie pour £adre une description ridicule des appas de sa maîtresse, qu'il n'a jamais vue. On ne dit point que ce soit la fortune du beau-père qui le décide à ce mariage , de sorte qu'on ne sait ce qui Fa déterminé à venir de sa province chercher femme à Paris.
Le stratagème qu'on emploie pour le dégoûter de sa belle ne peut pas s'appeler un artifice ; et quoiqu'il soit l'ouvrage de trois fourbes adroits, on n'y voit qu'une ruse grossière dont on est étonné que le beau-père et le gendre futurs soient les dupes.
La première supercherie du Gascon est tout-àfait inutile, et ne sert en rien au dénoùment. H étoit indifférent de prévenir Géronte contre Sotèncour, et de le faire passer pour un joueur abimé de dettes, puisqu'on se proposoit d'enlever Léonore; et dans le fait, cet enlèvement fait seul le dénoùment, et détermine seul Sotencour à renoncer à Léonore , et Géronte à la donner à Valère.
SUR LE BAL. ia5
Malgré ces défauts , on reconnoit^ dans cette pièce le génie de Regnard. Il y a ^ comme nous l'ayons remarqué ^ quelques scènes plaisantes^ telles que celle de l'entrevue de Sotencour avec sa maîtresse, le bavardage ridicule de l'un et le silence méprisant de l'autre, que notre campagnard prend pour de la stupidité.
Cette situation comique, et qui a dû produire beaucoup d'efTet au théâtre, a été imitée par Destouches, dans sa comédie du Dépôt.
Un marquis d'Esbignac, amoifl*eux de la fille de Géronte, sans l'avoir vue, ou plutôt amoureux de sa fortune, dit au père, en présence de sa fille :
Mais votre fille est belle , SI j'en crois le portrait que son frère fait d'elle.
GÉ&0NTE9 loi fêitant apcrce?oir sa fille.
Vous en pouvez juger.
LE MÂEQUIS.
C'est là l'original Du portrait ?
Gi&OlTTE.
Oui vraiment.
LE MÂEQUIS.
Elle n'est pas trop mal.
Et après une tirade de gaseonnades extravagantes, auxquelles Angélique ne répond que par
un silence méprisant, le Marquis se retourne du
côté du père, et lui dit :
Est-ce que cette enfant ne parle pas encore ?
GÉROITTE, en «oariant.
Ohl que pardonnez>moî.
LE MARQUIS
Jusqu'ici je l'ignore; On la croiroit muette.
GimOHTE.
£lle vous parlera Quand il en sera temps.
Oh ! quand il lui plaira ; Je ne suis point pressé.
La scène dans Regnard est plus originale. La bêtise de Sotencour et son bavardage contrastent mieux avec le silence de Léonore : elle ne répond point à une question sotte et malhonnête que lui fait le provincial; et celui-ci, au lieu de s'apercevoir de sa sottise, impute à stupidité le silence de sa maltresse.
Nous avons remarqué aussi dans cette pièce le rôle du Gascon, qui, quoique inutile, est très plaisant. La scène où il demande à Sotencour ce qu'il prétend lui avoir gagné au jeu, quoique semblable à plusieurs autres scènes déjà au théâtre, entre autres à celle du marchand flamand
de Pourceaugnac , est vivement dialoguée et d'un très bon comique.
Cette pièce est la seule des comédies de Regnard que l'on ne joue plus; cependant elle a eu douze représentations dans sa nouveauté^ et nous croyons que, malgré ses défauts, on la verroit encore avec plaisir sur notre scène.
PERSONNAGES
GÉRONTE, père de Léonore.
LÉONORE
VALÈRE, amant de Léonore.
M. DE SOTENCOUR, bourgeois de Falaise.
LISETTE, servante de Léonore.
MERLIN, valet de Valère.
FI J AC, Gascon, sous le nom du baron d^Aubignac.
MATHIEU CROCHET, cousin de Sotencour.
M. GRASSET, rôtisseur.
M. LA 5IONTAGNE, marchand de vin.
GILLETTE
Troupe de Masques.
La scène est à Charonne.
LE BALj
COMÉDIE