‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 5)Chapitre 128 sur 279 · ACTE I, SCENE X. ai · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE X. ai

(hlDt.)

Comment! je vous soutiens que dans tous les «tais On ne peut de mon art asses fnire de cas ; Qu'un enfant de famille , et qu'on veut bien iirati'uire , Devroit savoir jouer avant que savoir lire.

GliROKTE.

Monsieur le professeur, avecque vos raisons^ Il litudroit vous loger aux PetitesJlaisons.

M. TOUTABAS.

De quoi sert , je vous prie , une foule inutile

De chanteurs , de danseurs , qui montrent par la ville .'

Un jeune homme en est-il plus riche quand il sait

Chanter ré mî fa sol , ou danser un menuet?

Païra-t-on de marchands la cohorte pressante

Avec un vaudeville ou bien une courante?

Ne vaut-il pas bien mieux qu'un jeune cavalier

Dans mon art au plus tôt se fasse inïtior?

Qu'il sache , quand il perd , d\ine âme non commune ,

A force de savoir, rappeler la fortune?

Qu'il apprenne un métier qui , par de sûrs secrets ,

En le divertissant , l'enrichisse k jamais ?

GÉROITTB.

Vous êtes riche , k voir ?

H. TOOTABAS.

Le jeu fait vivre h l'aise nombre d'honnftcs grns, fiacres , porteurs de cliaise ; Mille usuriers ronriiis do cfs oIim iirs brillanls, Qui vontdedoiglsendtii^ts Iniis les jours circulants; DwG«consàsoupcr diin^ Ils luclans fidèles;

uiô LE JOUEUR.

Des chevaliers sans ordre ; et tant de demoîseltei» Qui, sans le lansquenet et son produit caché , De leur foible vertu feroient fort bon marché ^ Et dont tous les hivers la cuisine se fonde Sur Timpot établi d'une infaillible ronde.

oiaoBrTE* SHl est quelque joueur qui vive de son gain , On en voit tous les jours mille mourir de faim. Qui , forcés à garder une longue abstinence ^ Pleurent d*avoir trop mis à la réjouissance.

M* TOUTABA.S.

Et c'est de là que vient la beauté de mon art. En suivant mes leçons , on court peu ce hasard. Je sais 9 quand il le faut, par un peu d'artifice , D'un sort injurieux corriger la malice ; Je sais dans un trictrac , quand il fiiut un sonnez , Glisser des dés heureux , ou chargés , ou pipés ; Et quand mon plein est fait , gardant mes avantages ^ J'en substitue aussi d'autres prudents et sages ^ Qui, n'offrant à mon gré que des as k tous coups , Me font en un instant enfiler douze trous.

Et, monsieur Toutabas, vous avez l'insolence De venir dans ces lieux montrer votre science?

M. TOUTABAH.

Oui , monsieur , s'il vous plaît.

Et vous ne craignez pas Que j'arme contre vous quatre paires de bras ,

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