‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 5)Chapitre 201 sur 279 · M"** GROGNA G · texte numérisé non relu

M"** GROGNA G

Je prétends qu'il soit fait comme on n*en trouve point ; Qu'il soit posé, discret, accompli de tout point; Qu'il ait , avec du bien , une honnête naissance ; Qu'il ne fasse point voir ces traits de potulanoo , Ces actions de fou, ces airs évaporés , Dignes productions des cerveaux mal timbrés ; Qu'il ait auprès du sexe un peu de politesse ; Qu'il mâle à ses discours certain air de sagesse ; Qu'il ne soit point enfin, pour tout dire do lui , Comme les jeunes gens que je vois aujourd'hui.

VA.Li^n£.

Cet homme à rencontrer sera très difTicitc ; Et, si vous le trouvez, je vous tiens fort habile. Vous nous en faites voir un rare et beau portrait ; Et si vous ne voulez de gendre qu'ainsi fait. Quoique Isabelle soit et riche et de famille, Elle court grand hasard de vivre et mourir Bile.

M"** GROGITAC.

Non : Léandre est l'époux que je veux lui donner.

VALÈa£.

Léandre !

M"* GROGNAC.

Ce parti semble vous étonner!

Mais c*est un fait , monsieur , dont peu je me soucie ; Et je le trouve, moi, selon ma fantaisie.

h sais bien qu'à parler de lui sans passion ,

34a LE DISTRAIT.

Il est particulier en sa distraction ; Il répond rarement à ce qu'on lui propose ; On ne le voit jamais à lui dans nulle chose : Mais ce n'est pas un crime enfin d'être ainsi fait. On peut être, à mon sens , homme sage et distrait.

VALÈRS.

Je croyois , à parler aussi sans artifice,

Qu'il avoit quelque goût pour ma nièce Glarice.

M"" GROGWAC.

Oh bien ! je vous apprends que vous vous abusiez ; Et, pour vous détromper, il faut que vous sachiez Que je suis dès long-temps liée à sa famille ; Et que , pour m'engager à lui donner ma fille , L'oncle dont il attend sa fortune et son bien, D'un dédit mutuel cimenta ce lien.

Léandre est allé voir cet oncle à l'agonie , Et j'attends son retour pour la cérémonie.

Si je n'a vois en vue un tel engagement , Il n'auroit pas chez moi pris un appartement. Vous qui logez céans avecque votre nièce , Vous êtes tous les jours témoin de sa tendresse.

VALÈRE

Mais m'assurerez-vous que Léandre, en son cœur, Malgré votre dédit, n'ait point une autre ardeur; Et que, d'une autre part, votre fille Isabelle A vos intentions n'ait pas un cœur rebelle ?

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