COMÉDIE EN UN ACTE
AVEC vv divbhtisssmbht;
Repréaent^e pour U prflmiire fob 1« umcdi 3 juillet i6Qi,
PERSONNAGES
M. GRIFON, père de Valère.
VALÈRE, amant de Léonore.
M" ARGANTE, mère de Léonore.
LÉONORE
M. MATHIEU
SCAPIN, valet de Valère.
MARINE, servante de madame Argante.
CHAMPAGNE, valet de M. Mathieu.
MusiciBKS £T Danseurs.
La scène est à Paris,
Cette cométlie a été représentée pour la première fois le samedi 3 juillet i6()/(.
Voici la première pièce qiic Regiiard a donnée au lliéitre françois'; il avoit travaillé jusqu'alors pour le Tliéàtre italien.
Un barbon amoureux el avare se trouve le rival de son fils , et devient la dupe des fourbericB d'un valet intrigant et rusé : telle est la priiieipaleintriguede cette comédie, intrigueqiii n'offre rien de neuf: aussi tout le mérite de laSen-nnde consiste-t-il dans la vivacité du dialogue , et dausi b manière dont les scènes sont liées. Cet ouvrage prouve que le sujet le pin» ingrat est susceptible
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de plaire, lorsqu'il est traité par une main de maire.
Nous avons dit que Regnard n'avoit travaillé jusqu'alors que pour le Théâtre italien. C'est sur cette scène qu'il a fait l'essai de ses talents; et nous croyons qu'il lui doit cette galté qui caractérise principalement les ouvrages de ce comique. On prétend que la Sérénade étoit originairement destinée au Théâtre italien , mais que des circonstances ayant déterminé Regnard à hasarder sa pièce sur la scène françoise, il se contenta d'^ faire de légers changements.
Les rôles qu'il a le plus retouchés sont ceux de Champagne , de l'usurier Mathieu, et de madame Argante y qui n'existoient pas dans la pièce italienne : il a conservé les autres personnages , et n'a presque pas touché au dialogue ; il a change son Arlequin en Scapin; il a appelé Colombine, Marine; Isabelle^ Léonore, etc.
On remarque en effet beaucoup de rapport entre les caractères de ces personnages et ceux des acteurs italiens qu'ils ont remplacés.
Le travestissement dé Scapin en un fripier borgne et boiteux est une caricature italienne qui doit avoir été originairement destinée a ce théâtre, quoiqu'elle ait phi, et n'ait pas paru déplacée sur une scène plus noble.
Le dénoùment se ressent encore davantage de la manière italienne : c étoit ainsi à peu près que
SUR LA SÉRÉNADE. G-j
fidcsoient la plupart des pièces de Fancien théâtre italien. On sacrifioit la raison , et quelquefois le goût, à un jeu de théâtre plaisant et d'un comique chaîné.
Les auteurs de YffUtoire du Théâtre fran^ns ont traité cette pièce avec rigueur. L'intrigue , disent-ils, en est misérable, et les persomiages n'ont pas le sens commun ; le plan de la pièce est foihle y et Tidée des plus communes : les moyens dont on se sert pour conduire Tintrigue a sa fin sont très mal imaginés, et le dénoùment est du dernier ridicule. Ils ajoutent qu'on est forcé d'à* Toner que toutes les situations , les plaisanteries et le comique de cette pièce choquent également le naturel et la yraisembbnce.
Ce jugement contient , a ce qu'il nous semble, une critique un peu trop sévère d'un ouvrage agréaUe , et auquel le public rend tous len jour» la jnstice qu'il mérite, en le voyant avec plaisir. €e n'est pas que nous ne sojons obligés de convenir que cette critique est juste a bien des égards; mais il auroit été à désirer que les auteurs que nous citons eussent paiement applaudi a ce qui méritoit de l'être. Nous aurons occasion de re* marquer plus d'une fois qu'ils n'ai noient pas Regnard , que ce n'est qu'avec peine qu'ils lui donnent les éloges qu'ils ne peuvent lui refuser, et qu'ils s'en dédommagent bien vite par des cri^ tiques outrées , qui manifestent leur prévention contre ce poète.
68 AVERTISSEMENT, jl^c.
Quoi qu'il en soit, la Sérénade a été très bien reçue dans sa nouveauté , et a eu dix-sept représentations de suite. Depuis elle a été remise au théâtre très souvent, et a toujours été vue avec un nouveau plaisir. Maintenant cette comédie est une de celles qu'on voit le plus souvent, et dont le public se lasse le moins , chose qui vaut mieux que tous les éloges, et qui répond à toutes les critiques. ■
' En 1818, /a Sérénade a été transformée en opéra-comique par madame Gay, et madame Sophie Gail pour la musique. Mais on peut encore attribuer à Regnard la meilleure part du succès de cette pièce f qui est presque eU tout point conforme à son modèle.
COMÉDIE