ABSENCE D*ANKYLOSE
ce premier examen rien qui soit contraire à Tidée d'une affection articulaire avec lésions plus ou moins étendues et plus ou moins profondes, s'élant terminée sans abcès, par une ankylose de la jointure.
Y a-t-il vraiment une ankylose? L'exploration à l'aide du chloroforme permettrait, à Tépoque où nous en sommes parvenus, — c'est-à-dire près de 3 ans après le début de Taffèclion, — de répondre à cette question d'une façon catégorique. Mais je me réserve de revenir tout à Theure sur ce sujet.
Auparavant je veux examiner le malade à un autre point de vue. Je vais me placer dans Thypothëse qu'il est atteint d*une coxalgie sine materia, et rechercher si les symptômes qu'il présente sont conformes à la description de Brodie :
Si nous considérons, en premier lieu, Vétat général de cet homme, nous voyons que, depuis deux ans et demi qu'il est malade, il n'est nullement aOaibli cependant : pas d'amaigrissement, pas d'anémie; jamais il n'a eu de fièvre, jamais il n'a cessé un instant d'avoir un excellent appétit.
Cette conservation, pour ainsi dire parfaite, de la santé générale, ne s'accorde guère, on en conviendra, avec l'idée d'une affection articulaire organique grave, datant de longs mois, alors même que celle-ci aurait présenté la marche la plus favorable.
Remarquez maintenant que la rigidité àw membre occupe non seulement la hanche, mais aussi le genou et même le cou-de-pied. Or, ce sont là des symptômes qui n'appartiennent pas à la coxalgie vulgaire, non plus que le refroidissement relatif et la teinte violacée des parties, surtout prononcés au genou et à la jambe chez notre sujet.
Insistons actuellement de nouveau sur le phénomène douleur et considérons les choses de plus près que nous ne TaTons fait tout à l'heure. La douleur déjà intense spontanément, du moins par moments, s'exaspère, comme on l'a dit, par la per-
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cussion du trochanter, du lalon, et en conséquence de loule tentative faite pour mouvoir la jointure. Mais elle présente ceci de particulier qu'elle est diffuse, en ce sens qu'elle s'irradie au-dessus du ligament de Pouparl, remonte sur la partie inférieure de l'abdomen, presque jusqu'au voisinage du sein gauche et s'étend aussi à la fesse. De plus, lorsque, soit au niveau de l'aine, soit sur la partie antérieure du genou, la peau saisie entre les doigts est soulevée et légèrement comprimée, il se produit une douleur vive, hors de toule proportion avec le degré d'intensité du pincement exercé. J'insiste sur cette hyperesthésie de la peau au voisinage de la hanche, parce qu'elle a été relevée par la plupart des auteurs qui ont écrit, sur la coxalgie hystérique; elle mériterait vraiment d'être désignée sous le sigfie deBrodie, car c'est au célèbre chirurgien anglais qu'on doit d'en avoir fait remarquer l'importance au point de vue du diagnostic.
J'ajouterai qu'ayant remarqué qu'à la suite de ces excitations de la peau de l'aine et du genou, Ch... présentait les signes d'une anxiété extrême, que sa face rougissait, en même temps que les veines du cou et des tempes se gonflaient, etc., nous l'avons interrogé sur ce qu'il éprouvait à ce moment-là; or la description qu'il nous a donnée des sensations a répondu exactement à la description de l'aura hyslérique vulgaire, à savoir : Constriclion épigastrique, puis battements de cœur, serrement de la gorge, enfin sifflements dans l'oreille du côté gauche et battements à la tempe du même côté. Mêmes résultats à la suite de la percussion exercée sur le grand trochanter, sur le talon ou à la suite de toute tentative de mouvement imprimé à la hanche. Vous voyez par là, Messieurs, que, si l'attaque hystérique n'existe pas chez notre malade, on peut, chez lui, tout au moins provoquer les phénomènes d'aura, qui, dans la règle, la précèdent, par l'excitation de véritables zones hystôrogènes, dont les unes occupent Ja peau qui recouvre les join-
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tures de la hanche et du genou, tandis que les autres situées plus profondément paraissent siéger soit dans la synoviale, soit dans la capsule articulaire.
La découverte des faits qui viennent d'ôtre signalés nous a amené tout naturellement à supposer qu^un examen plus at-
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tenlif de notre homme et conduit dans une certaine direction, nous permettrait peut-être de relever chez lui d'autres phénomènes capables de rendre plus évidente encore et plus palpable, en quelque sorte, l'existence de la diathèse hystérique. A cet égard, notre attente n'a pas été trompée : L'élude méthodique de la sensibilité, dans ses différents modes, nous a fait reconnaître que, sur la presque totalité de la moitié gauche du
EXISTENCE DE STIGMATES HYSTÉRIQUES 3S*à
corps — quelques zones sont restées indemnes, — il existe une anesthésie complète pour la piqûre et pour la température. Pour les mouvements de certaines jointures (pieds, mains, poignets, épaules) les notions du sens musculaire ont disparu, tandis que pour d'autres, le coude, par exemple, elles sont conservées {fiff. 78). Les sens spéciaux, goût, odorat, ouïe, sont notoirement affectés du côté gauche et de ce même côté, le champ visuel est très notablement rétréci, tandis que rien de semblable n'a lieu pour Toeil droit. — Ajoutons, et c'est là^ vous le savezj un caractère très significatif, que le pharynx peut être titillé, irrité dans tous les sens et de toutes les façons, sans provoquer la moindre trace d'action réflexe.
Tout ce qui précède nous conduit à conclure : l** Que notre malade est un hyslérique; 2"* que l'affeclion articulaire dont il souffre présente un bon nombre de caractères qui appartiennent à la coxalgie hystérique et aucun de ceux qui désignent nécessairement l'existence d'une lésion profonde de la jointure ; Tamaigrissement du membre lui-même ne répond pas à l'atrophie musculaire, avec flaccidité qu*on trouve dans les coxalgies organiques et peut être tout naturellement rapportée à une inertie fonctionnelle relative, datant de deux ans et demi. Tout serait donc de nature hystérique chez notre malade aussi bien l'affection générale que l'affection locale. L'origine Iraumatique des accidents n'est pas, elle non plus, tant s'en faut, contraire à cette interprétation ; car nous savons par nos études antérieures que chez l'homme, plus peut-être encore que chez la femme, un choc traumalique peut avoir pour effet de révéler une disposition hystérique jusque-là restée latente.
Malgré tout, je serai le premier à reconnaître que, même en présence des arguments qui viennent d'être accumulés, des doutes peuvent subsister encore, relativement au diagnostic. Il n'est pas facile, en effet, en présence d'une impotence fonc-
384 EXPLORATION A l'aIDE DU CULOROFORMi!:
lionnelle aussi prononcée et remonlanl déjà à plusieurs années, de se dégager de Tidée d'une coxalgie organique qui aurait joué, en quelque sorte, le rôle de point d*appel pour les manifestations de la névrose. Il est clair que, seule, radministration du chloroforme pourrait lever tous les doutes. Tout oaturellement ce moyen, nous avons voulu remployer, mais jusque présent le malade s'est obslinément opposé à se laisser faire. Je ne désespère pas de lui faire entendre raison et de le déterminer, un jour ou Taulre, à se prêter à un examen qui en somme ne peut que lui être utile.
Mais, Messieurs, à défaut d*un examen fait par nous-mème, nous pouvons, dès à présent, mettre à profit les résultats de rexploration qui a été faite, il y a quatre ou cinq mois à peine, par un chirurgien éminent. Les résultats de cette exploration nous ont été communiqués par un confrère qui y assistait et qui nous affirme que pendant le sommeil chloroformique la jointure s'est montrée parfaitement libre, parfaitement mobile, exempte de toute rigidité, de toute adhérence.
Les conclusions tirées des résultats de Texamen en question ont été, Messieurs, les suivantes : IMl n'existe pas, chez ce sujet, de traces d'une affection organique de la jointure ; 2* cet individu, très vraisemblablement, est un simulateur.
A cette dernière partie des conclusions, Messieurs, nous ne saurions évidemment souscrire, après Texposé qui procède.
Très certainement, la coxalgie organique n'existe pas chez notre malade, cela est bien établi; mais il existe chez lui une coxalgie hystérique, sine materia^ comme vous voudrez l'appeler. Or, toute dynamique qu'elle soit, la maladie est parfaitement légitime, parfaitement réelle et rien, absolument rien, ne saurait nous autoriser à taxer notre homme de simulation.
Toujours est-il, Messieurs, vous l'avez compris, que du mo-
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ment où il s'agit seulement ici, comme nous l'affirmons, d'une coxalgie hystérique, le pronostic est, à tout prendre, beaucoup moins sombre qu'il ne l'eût été dans l'hypothèse d'une affection organique. Sans doute, une coxalgie hystérique peut se perpétuer, durer des mois, des années même — et notre cas nous offre un triste exemple de ce genre, — mais en somme, la guérison doit survenir, à peu près nécessairement un jour ou l'autre, tôt ou tard.
Mais comment faudra-l-il s'y prendre pour hâter celte terminaison favorable que signalent nos prévisions ? C'est là une question qui, pour être convenablement traitée, exige de longs développements. Nous y consacrerons une prochaine leçon.
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