‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1- (volume 2)Chapitre 4 sur 166 · TROISIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TROISIÈME LEÇON

I. Contracture d'origine traumatique. — II. Tic non dou loureux de la face chez une hystérique.

bOMMAiHE. — I. Influence du traumatisme sur la localisation de certaines déterminations diatliésiques. — Contracture d'origine traumatique chez Ips sujets qui présentent la rigidité spasmodique à l'état latent. — Exagération des réflexes tendineux chez les hystériques.

U. Tic non douloureux de la face typique. — Contracture des muscles lie la face chez une hystérique. — Simulation.

Le service de la clinique renferme, en ce moment, quelques •'as fort intéressants, à mon avis, et tout à fait dignes de vous ♦Mre présentés. Or quelques-uns d'entre eux pourraient nous échapper d'ici quelques jours ; chez d'autres, les accidents que je liens à relever sont de ceux qui s*eSacent quelquefois tout h coup, d'une façon imprévue. Je crois donc qu'il sera prudent de saisir Toccasion propice et de vous entretenir aujourd'hui même de ces faits.

Le premier cas que je vais vous soumettre vous fera reconnaître rinfluence qu'ont parfois les lésions Iraumatiques les plus banales sur le développement des phénomènes de Thyslérie locale, sur le développement de la contracture, en particulier.

On sait depuis longtemps que certaines affections, subor-

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données à une maladie dialhésique, se développent quelquefois & l'occasion d'une lésion Iraumalique. Il est habituel alors que ces alTeclions se localisent tout d'abord dans les parties mêmes où la piqûre, la contusion, la foulure se sont produites. C'est le cas, par exemple, pour le rhumatisme articulaire aigu, la goulte, ainsi que je l'ai depuis longtemps fait remarquer ;ainsi, chez un sujetgoutleux,ricnde plus commun que de voir survenir, en dehors des accès réguliers du p rin temps ou deraulomne. un accès supplémentaire, à la suite d'une chute, par exemple. Et, chose remarquable, alors que les accès spontanés se localisent dans le Heu d'élection, l'accès suplëmentaire aura pour siège, soit l'épaule, soit le genou, si c'est l'une ou l'autre de ces articulations qui a été atteinte de contusion ou de foulure. C'est là une notion aujourd'hui vulgnire, et, dans ces dernières années, M. le professeur Yerneuil et ses élèves ont mis en pleine valeur l'inLérêt qui s'attache ù l'étude des faits de ce genre, au point de vue chirurgical.

Mais, ce que l'on sait moins peut-être, c'est que certains phénomènes locaux de l'hystérie, et, en particulier, lu contracture d'un membre, se manifestent quelquefois de la même fa^ çon et sous les mêmes influences.

J'entre immédiatement dans l'expi faisant, je signalerai les enseignement

Cette grosse fille, ftgée de 34 ans, < ciennes pensionnaires de la division d elle est ici, en effet, depuis plus de 12 catégorie des malade* que, dans le se nom A' hystéro-épiltptiqiies à crises di

Je vous dois une courte explication, flcalioa de ce mot : cela veut dire qn

COKTRACTCRE THAUHaTIOUK 3'J

de deux maladies, dont les accès se présenlenl séparément; tanlAt ce sodI les crises hystériques qui se manireslenl (les attagiies, comme on dit ici), tauIAl ce sont les crises d'épilepsie {les accès). On désigne, au contraire, sous le non A'hystérn-épi- /f/M(> à cn'sffsmiil'w les cas dans lesquels l'hystérie seule exisie, mais dans lesquels aussi la maladie est caractérisée, dans le< attaques ré^lières, par 4 périodes, dont l'une, la première, -ï les apparences de l'épilepsie (phase épileplùîJe, hystérie épi- Icpliforme). Nous avons proposé la dénomination i\e grmtde. hystérie pour caractériser celle forme et remplacer ce mot dTiystéro-épilepsie à crises mixtes, qui prête à la confusion.

Notre malade esta la fuis alleinlo de grande hystérie et d'épilepsie proprement dite, dont les attaques surviennent la nuîl, avec moreure de la langue, émission iiivolonlaire d'urine, etc. Autrefois, c'es!-i-dire antérieurement aus cinq dernières années, l'hystérie l'emporlail sur l'épilepsie : ainsi, en 1874, on complaît eu un mois 244 attaques (hystérie) et 62 accès (épi lepsie); mais depuis 187G, les attaques ont une tendance disparaître, et les accès, bien que moins nombreux aussi, • présentant h l'époque des règles tiennent décidément la première place.

Uue des particularités des attaques d'hysiérie chez B. , à l'époque où elles se manifestaienLca même temps que les accès d'épilepsie, c'est qu'elles étaient fréquemment suiues de con- Iraciuresdu membre inférieur droit, durant pendant 15 jours, un mois, etc. Celait à droite qu'existait l'hémiane^thésie et el l'ovarie ; c'était k droite aussi que se manifestaient les phé- 'attaque (bourdonnements d'oreille, etc.).

ques s'étaient effacés presque com- I CCS dernières années, et la malade jcpuis 3 ou G ans, non plus comme

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hystérique, c'esl, vous le voyez, qu'elle peut arriver à son maximum tout d'un coup.

L'apparition de la contracture dans les circonstances qui viennent d'être racontées, chez un sujet connu pour avoir été affecté dhystérie à un haut degré et pour avoir élé déjà atteint de contracture, devait nous conduire tout naturellement à soupçonner chez elle Timminence d'un oraye hystérique. Nous devions donc rechercher si d'autres 5/i<7mff/e5 de l'hyslérie ne s*étciient pas manifestés chez elle à la suite du choc Iraumatique, en même temps que la contracture. C'est ce qui est arrivé en effet : Thémianesthésie, qui autrefois occupait le côté droit, n'existait plus depuis quelques années; elle a reparu; mais, maintenant, elle occupe le côté gauche, le côté où a porté le choc et où s'est faite la contracture.

L'anesthésie occupe tout le côté gauche, les membres, le tronc, la face, à l'exception des parties qui avoisinent les organes des sens, comme cela arrive quelquefois. Il n'y a pas d'ovarie.

A part ces circonstances, rien à signaler, si ce n'est l'insomnie qui dure depuis cinq jours et l'apparition des règles qui sont venues en leur lemps, depuis deux jours. Or, c'est à l'époque menstruelle qu'arrivent habituellement chez elle les crises d'épilepsie et qu'arrivaient autrefois aussi les crises hystériques. Il est au moins fort vraisemblable que, d'ici quelques jours, nous assisterons à une manifestation de ce genre, à la suite do laquelle la contracture pourra disparaître comme elle est venue, c'est-à-dire tout à coup ou à peu près. Et c'est pour cela que j*ai tant tenu à vous présenter cette femme aujourd'hui même ; car l'occasion de vous mettre sous les yeux une contracture hystérique d'origine Iraumatique pourrait ne pas se présenter à nous d'ici longtemps.

Mais, me direz- vous, êtes-vous bien convaincu que le Irau*

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malisme a eu sur le développement de cet le rigidité spasroodique du membre Tinfluence que vous supposez? Ne s'agit-il pas là simplement d'une coïncidence fortuite ? A Tappui de la thèse que je soutiens, les raisons à faire valoir ne manquent pas.

Prenons d'abord nos arguments en dehors de 1 hystérie elle-même : ITai déjà eu occasion de relever les analogies considérables qui rapprochent la paralysie spasmodique des membres chez leshystérique*, ou celles qui ne relèvent d'aucune aiïectioD spinale malérielle, des paralysies spasmodiques hémiplégiques ou paraplégiques qui se rattachent aune lésion médullaire. Ainsi, dans l'hémiplégie conséculive à une lésion du cerveau, occupant la capsule interne sur le trajet du faisceau pyramidal, les membres peuvent rester flasques; mais la contracture existe là, pour ainsi dire & l'état latent, comme le montre l'exagération des réflexes tendineux (phénomène du pied^ phénomène du genou); et, qnelqueTois, en insistant, en répétant les chocs sur le tendon rotulien, on produit une contracture temporaire qui dure quelques minutes. Eh bien ! dans de telles condilions, il y a imminence de contracture, et celle-ci pourra se développer si une lésion Iraumalique survient; et elle se manifestera sur la partie même qui aura été le siège de la contusion, de Tentorse. Ainsi, chez une femme hémiplégique dont l'histoire a été rapportée par M. Terrier, il se produisit une conlraclure qui persista plusieurs mois. On pourrait citer d'assez nombreux exemples du môme genre, relatifs non seulement à l'hémiplégie, mais à la paraplégie, qui prennent le caractère spasmodique sous l'influence d*un traumatisme. D'ailleurs, pour déterminer la contracture dans un membre atteint de paralysie flasque, un traumatisme violent n'est pas nécessaire; une faradisalion intempestive, l'application d'un vésicatoire, d'un empl&lre stibié peut produire le même effet que le choc.

La théorie qui permet de fixer ces faits dans Tespril est la suivante : 11 existe dans ces cas de paralysies qui reconnaissent pour cause une lésion matérielle, une hyperexcitabilité de la substance grise et en particulier des cellules motrices des cornes anlérieures, un état spécial que j'ai proposé, faute de mieux, de désigner sous le nom de strychnisme\ or, les irritations cutanées, les irritations des nerfs centripètes en général, augmentent Texcitation déjà exagérée de la cellule motrice; la mesure est comblée, et le nerf cenlrifuge transporte Texcitation dans les muscles qu^il anime.

Mais il est temps de revenir à Thyslérie. Eh bien ! chez beaucoup d'hystériques, du côté de Taneslhésie principalement, mais quelquefois un peu partout, il existe une excitabilité réflexe exagérée, bien que Ton trouve une parésie, une faiblesse dynamométrique bien marquée. 11 n'est pas étonnant, dès lors, qu'une excitation des nerfs centripètes, tendineux ou autres, déterminent les mêmes effets que dans les cas où il existe une lésion des centres nerveux; la paralysie spasmodique des membres sans rigidité pourra, dans les mêmes conditions, se transformer en une paralysie avec contracture et rigidité articulaire.

Je pourrais citer de nombreux exemples du même genre, dont quelques-uns sont rapportés dans Tappendice du premier volume de mes leçons faites à la Salpêtriëre. Dans un cas, à la suite d'une chute sur le dos de la main, on vit survenir une contracture du poignet qui dura plusieurs mois ; j'ai encore observé le même phénomène à la suite d'un froissement de la main dans l'engrenage d'une machine; une autre hystérique, qui avait eu le dos du pied fortement pressé contre le barreau d'une chaise, fut atteinte d'une contracture du pied, etc. Urodie, qui connaissait parfaitement ces faits, et qui a été le premier à les faire connatlre, en 1837, dans son

livre sur certaines affections nerveuses locales, cite des contractures du membre supérieur, à la suite de piqûres du doigt.

Ces faits sont d*autant plus intéressants que la contracture déterminée par le traumatisme est souvent la première manifestation de la diathëse hystérique. Ainsi, un traumatisme banal amène une contracture chez un jeune sujet qui, jusqu'à ce jour, n'a présenté aucun phénomène nerveux; regardez-y de près, et, vraisemblablement, vous verrez quelque accompagnement qui vous fera reconnaître jusqu'à l'évidence que riiyslérie est en jeu ; il serait bien étonnant que vous ne trouvassiez pas dans ces circonstances quelque trace d'hyperes- Ihésie, d'anesthésie, ou bien une douleur ovarienne, ou quelqu*autre indice du même genre.

Je puis, d'ailleurs, vous rendre témoin de cette tendance à la contracture, qui existe souvent au plus haut degré chez certaines hystériques, il ne s'agit pas toujours chez elles de la grande hystérie, de l'hystérie à grandes attaques, mais de l'hystérie vulgaire.

Je vous présente deux jeunes hystériques dont, soit dit en passant, la mine éveillée et 1b goût pour la parure rendu manifeste par les rubans et les fleurs dont elles sont ornées, offrent un contraste frappant avec l'attitude de notre première malade, dont la physionomie trahit un état intellectuel considérablement affecté par la répétition des crises épileptiques. L'une de ces malades offre une anesthésie par plaques et une ovarie gauche; elle a des contractures spontanées à la suite de ses attaques ; l'autre esthémianesthésique gauche, son côté droit est analgésique, elle est ovarienne double. Vous voyez que, par la percussion répétée du tendon rotulien et du tendon d'Achille, leur jambe se place dans l'extension, tandis que le

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pied se flécliil dans la posilioii du pied-bol équio; celle allilude esl fixe, la rigidilé du membre est absolue, on ne peut lui communiquer aucun mouvement ni d'exlension, ni de flexion ; il s'agit en un mot d*une conlracture des mieux caractérisées, qui pourra durer plusieurs heures, si nous ne la faisons cesser en excitant les anlagonisles, par le même procédé que nous venons d'employer pour la provoquer. Ce que nous venons de faire sur le membre inférieur, nous pouvons le répéter sur le membre supérieur. Si, avec un marteau à percussion, nous frappons à pelils coups répélés sur les fléchisseurs des doigts au niveau du poignet, vous voyez encore la main et les doigts se placer dans une flexion exagérée et rester fixés en conlracture.

Je pense en avoir assez dil pour metlre en évidence Tinfluence des lésions traumatiques sur le développement de la contracture chez les hystériques, et, en dehors de Thyslérie, chez les sujets prédisposés par certaines lésions organiques. Nous aurons maintes fois loccasion, dans le cours de nos éludes, d*appliquer celle notion intéressante à l'explication de certains phénomènes autrement inexplicables.

Mais, j'en reviens à la conlracture de B... Qu'allons-nous en faire ? Attendre d'abord la révolution prévue, inévitable, en quelque sorte, qui peut-être y mettra fin. Mais, si elle persiste ? Comme il s'agit d'une contracture unilatérale, nous avons sur elle quelque prise ; nous pouvons peut-être, avec l'aide de Taimant ou par Taction d'autres agents du même ordre, provoquer un transfert de la contracture du côté opposé, et il peut se faire qu'à la suite d*un très grand nombre de ces transferts, la contracture s'épuise.

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Il vienl acluellement à notre consullalion externe une petite malade dont Thisloire confine h celle de Tliystérie, si elle ne lui appartient pas tout à fait. Il s'agit d'une jeune Israélite de Saint-Pétersbourg, âgée de quinze ans, non réglée, qui fréquente notre clinique depuis environ six semaines. Elle est venue chercher à Paris une guérison qu'elle n'a pas encore obtenue ailleurs ; j*ignore si nous pourrons lui donner ce qu'elle demande, ou plutôt ce que son père demande pour elle. Vous comprendrez tout à l'heure pourquoi je fais cetlc réserve.

Il s'agit ou il paraît s'agir d'un tic non douloureux de la face ; mais TafTection se présente chez elle avec des caractères spéciaux qui s'éloignent considérablement du type normal.

Voici également une femme. Messieurs, que j'aurai l'occasion de vous montrer dans une autre circonstance, et qui présente le tic facial non douloureux, sous sa forme commune. C'est une ancienne hystérique, ou plutôt c'est une femme encore hystérique, bien qu'elle ait plus de 50 ans, et chez laquelle les attaques hystéro-épilepliques ont depuis longtemps disparu ; mais, il lui reste une hémianesthésie gauche, et, de ce même côté, elle a un tic facial qui date de quatre ou cinq ans. Ce tic se manifeste par accès, qui se répètent plus ou moins souvent dans la journée, et il est constitué par un mouvement des paupières et un tremblement très rapide, se produisant environ 200 fois par minute, de la commissure labiale gauche; le peaucier participe à un certain degré à la convulsion. Yoilà le type vulgaire.

Considérez maintenant notre jeune malade : ici le spasme

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