r Altérations des jointures dans le rhumatisme aigu
ET SUBAIGU.
Dans le langage scolastique de l'ancienne médecine, le terme subaigu s'appliquait aux maladies aiguës dont la durée dépassait vingt et un jours — limite extrême des maladies aiguës proprement dites, — et pouvait s'étendre jusqu'à quarante jours. Les faits pathologiques ne se prêtent pas à des divisions aussi arbitraires, et sous le nom de rhumatisme articulaire subaigu, nous désignerons une affection dont l'évolution est, à la vérité, plus lente que celle du rhumatisme articulaire aigu, mais qui en diffère encore sous d'autres rapports, sans toutefois s'en éloigner radicalement. Mais il faut reconnaître aussi qu'elle se rapproche déjà, par certains caractères, du rhumatisme articulaire chronique.
Ainsi, dans cette forme de maladie, les affections articulaires ont plus de fixité : la fièvre est moins intense, et se rapproche de la fièvre hectique ; les petites jointures sont sou-
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vent affectées, et quelquefois en grand nonubre. On smtque le contraire a lieu dans le rfaumi^tisme articulaire aigu. Enfin les affections viscérales , ou tout au moins certaines d^entre elles (endocardite, péricardite) sont moins fréquemment observées.
Tels sont les caractères fondamentaux du rhumatisme articulaire subaigu. Nous aurons plus tard à vous présenter de nouvelles considérations sur ce point Nous voulons pour le moment, indiquer les lésions qu'on remarque dans les jointures, dans le rhumatisme articulaire aigu, et dans le rhumatisme articulaire subaigu.
D'interminables discussions ont eu lieu, k une certaine époque, au sujet des lésions du rhumatisme articulaire aigu. Cette affection peut-elle se terminer, oui ou non, par suppuration ? Les uns prétendaient que le rhumatisme articulaire ne laisse jamais de traces dans les jointures; les autres assument qu'il y déterminait les altérations les plus graves, et pouvait conduire à Tarthrite purulente.
Aujourdliui la question est jugée, et une appréciation plus saine des faits a eu pour résultat d'établir que, des deux parts, on avait considérablement exagéré.
11 est vrai que, quelquefois, Tinflammation rhumatismale des jointures peut ne laisser derrière elle aucune altération appréciable (Grisolle, Macleod, Fuller), et que, dans certains cas, au contraire, elle peut donner naissance à l'arthrite purulente (Bouillaud). Mais les faits de ce genre sont très exceptionnels, et ce qu'on rencontre dans l'immense majorité des cas, ce sont les caractères de l'arthrite avec exsudation sérofibrineuse; la synoviale est rouge et vascularisée, et sa cavité renferme un liquide séreux dans lequel nagent des flocons fibrineux.
On a pensé pendant longtemps qu'il s'agissait là d'une inflammation tout à fait superficielle, et que la membrane syno-
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viale était seule affectée (synovite); mais il est aujourd'hui démoatré que les cartilages et même les os peuvent participer à ces altérations.
Les lésions de la synoviale ne méritent pas de nous arrêter longtemps. II s'agit: 1* d'une vascularisation plus ou moins prononcée des franges synoviales qui existent à l'état normal ; 2* d'une dilatation variqueuse de leurs vaisseaux (Lebert).
Fig. 18. — Bhumalitme artu-ulaire aigu. Surface du cartilage de» condijle» du fémur (d'apris M. Hanvieh).
La substance rond amentale est segmentée transversalement. Lca capaulea superficielles coDtiennont plusieurs capsules secondaires. Une seule est restée Donnale, et renferme une petite masse cellulaire.
Fig. 13. — HhumatUme arlicalaire aigu. Surface du cartilage de reviltmtnl de la rotuU (d'après M. Hanvieh).
Les capsules primitives de la surface contiennent plusieurs capsules secondaires. La substance fondamentale est segmentée transversalement. Un lambeau oblique, enlevé k la surface, est devenu flottant.
Les altérations des cartilages ont une bien plus grande importance : nous en devons la connaissance à l'intéressant travail de MM. Oliiviep et Ranvier.
On avait déjà remarqué (Garrod) que les cartilages diarlhro-
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diaux offirent quelquefois une certaine capacité, ^ Ofit{ierdu le poli, la coloration bleue et la consistance qui les caractérisent à Tétat sain. MM. Ollivier et Ranvier ont monbré en outre qu'il y a souvent des altérations appréciables à TibîI nu; ce sont des tuméfactions partielles du cartilage qui lui donnent un aspect mamelonné, quelquefois même de véritables érosions. Mais, même dans les cas où il n'y a aucune altération appréciable à Tœil nu, le microscope y dévoile des lésions très manifestes et probablement constantes.
A un premier degré, les chondroplastes les plus superficiels sont devenus globuleux; la cellule qu'ils contiennent s'est divisée, et a donné naissance à une ou deux cellules secondaires.
Les choses peuvent en rester là, et on comprend aisément qu'en pareil cas, les éléments histologiques peuvent revenir; à l'état normal; mais à un degré plus élevé, il y a une s^mratation de la substance fondamentale dans le sens horizontal; c'est une sorte d'état velvétique caractérisé par des sillons qui pénètrent plus ou moins profondément dans le tissu. Dans rintérieur de ces sillons de formation nouvelle, les capsules viennent s'ouvrir pour y verser les cellules qu'elles contiennent ; on voit alors celles-ci se mêler au liquide synovial pour y subir la transformation muqueuse. 11 y a là, comme vous le voyez, de grandes analogies avec ce qui se passe dans les cas d'arthrite déformante.
Mais les altérations que présentent les surfaces osseuses rendent l'analogie plus frappante encore; elles paraissent, dans certains cas, participer au travail phlegmasique. D'après Gurlt (1), la moelle des extrémités osseuses subit une vascularisation prononcée avec prolifération de ses cellules. Basse (2)
i. Forster. — Handbuch der path. Anat.^ p. 1000.