DES AIGAUNS DANS LF RHUMATISME ARTICULAIRE AT6U
Traitexnent du rhumatisme articulaire aigu par les alca
lins à haute dose '.
Lettre à M. Decuambre, rédacteur en chef de la Gazette hebdomadaire.
Mon cher ami,
L'article très intéressant inséré par mon collègue, M. le docteur Jaccoud, dans le dernier numéro de la Gazette hebdomadaire (numéro du 25 juillet), relativement au traitement du rhumatisme articulaire aigu par les alcalins à haute dose, me remet en mémoire quelques essais du même genre que j'ai tentés, Tan passé, pendant le semestre d'été à Thôpilal de Lariboîsière, dans le service de M. le docteur Pidoux. Vers la même époque, mon ami M. le docteur Yulpian avait bien voulu sur ma prière, reproduire ces mêmes essais dans un des services de THôlel-Dieu, qu'il était chargé de diriger /?ar intérim. Les résultais auxquels nous sommes arrivés, M. le docteur Vulpian et moi, ont été en général assez décisifs, et ils viennent en grande partie corroborer ceux qui ont été obtenus par MM. Garrod, Dickinson et Jaccoud; c'est pourquoi j'ai pensé qu'il était opportun de les signaler à l'attention des lecteurs de la Gazette.
l. Extrait de la Gazette hebdomadaire^ 1<62, p. 489.
Pour radministraiion du médicament, nous nous sommes conformés, autant que possible, aux préceptes formulés par M. A.-B. Garrod, dans son mémoire publié en 1855, dans les Transactions médico- chirurgicales de Londres ^ Seulement, au lieu du bicarbonate de potasse préconisé par M. Garrod, c'est le bicarbonate de soude que nous avons employé. 30 grammes de ce dernier sel étaient dissous dans un litre d'eau, et cette solution était administrée au malade dans les vingt-quatre heures, par doses égales prises toutes les deux heures, jour et niiit; si le cas était très intense, la dose de bicarbonate de soude était portée à 40 grammes dans les vingt-quatre heures. La médication était instituée le jour même de l'entrée du malade à TbApital ou dès le lendemain ; elle était maintenue sans interruption, le plus souvent sans intervention d'aucun moyen accessoire, pendant toute la durée de la maladie, et continuée même, en général, deux ou trois jours après la complète cessation des douleurs articulaires et du mouvement fébrile.
Les cas de rhumatisme que nous avons traités par cette méthode sont au nombre de 17, 12 femmes et o hommes; tous appartenaient à la forme poly-articulaire. La plupart étaient d'intensité moyenne, quelques-uns (4 au moins) se faisaient remarquer, au contraire, par la très grande intensité de tous les symptômes. Or, dans tous ces cas, il nous a paru que la durée totale de la maladie avait été très notablement abrégée ; en effet, elle a été de i2 jours environ dans les cas moyens, et alors la médication avait pu être suspendue au bout de 5 à 6 jours ; dans les cas les plus intenses, la médication avait dû être maintenue pendant 12 ou 15 jours, et la durée totale de la maladie a été alors de 20 jours en moyenne.
1 . A.-B. Garrod, On a Successful Method of tfeating Aeute Rheumatism by Large and Fréquent Doses of Bicarbonat of Potash, {Medic. Chir. Trans, 1855, t. XX, p. lit.)
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Malgré radministration du bicarbonate de soude à doses aussi élevées et aussi longtemps maintenues, nous n'avons jamais vu survenir d'effets pathogénétiques capables d'inspirer la moindre inquiétude. La maladie ne subissait aucune modification brusque ; tout en conservant ses allures habituelles elle s'amoindrissait pour ainsi dire progressivement dan» tous ses symptômes, à mesure que se produisait la saturation de l'organisme. Voici d'ailleurs quelques particularités observées pendant la durée du traitement qui nous paraissent dignes d'être relevées.
Au bout de douze, vingt-quatre heures, ou seulement au bout de deux ou trois jours dans les cas très intenses, les urines rendues deviennent parfaitement transparentes; elles présentent une réaction alcaline, d'abord peu marquée, puis très intense, et en même temps par l'addition d'acide nitrique, elles sont pendant quelques instants le siège d'une effervescence très prononcée *. Chose remarquable, la réaction alcaline et aussi l'effervescence de l'urine persistent quelquefois deux ou trois jours après la cessation du traitement. La sécrétion cutanée ne parait subir dans sa quantité aucune modification appréciable; suivant M. Garrod, elle se montre moins franchement acide qu'elle ne Test en général dans le rhumatisme articulaire aigu, en dehors du traitement alcalin, quelquefois neutre, mais jamais elle ne présenterait la réaction alcaline.. Nous avons vu cependant, dans deux cas, le papier rouge de tournesol appliqué sous les aisselles pendant quelques minutes, prendre une coloration bleue très manifeste.
C'est en général de 2 à 4 jours seulement, après l'apparition de la réaction alcaline des urines, que les divers symptômes (état fébrile, douleurs et gonflement articulaires), ont com-
1. Elles coDtienDent souvenl, lorsque le traitement a duré huit ou dix jours, un précipité blanc, floconneux, léger, qui nous a paru composé presque exclusivement dHirate de soude amorphe mêlé h des cellules épithéllales.
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mencé à subir un amenâeineiit notable qui d'abnrd se maintient tel quel pendant quelques jours, puis progresse ensuite uniformément, au moins dans la plupart des cas, jusqu'à la cessation définitive de la maladie.
Les organes digestifs n'ont jamais présenté de troubles dignes d*ètre mentionnés ; la solution alcaline, bien que d'un goût fort désagréable, est prise par la plupart des malades sans trop de répugnance ; elle est presque toujours bien supportée ; sous son influence, nous n'avons jamais vu survenir ni vomissements, ni selles diarrbéiques.
Dans aucun de nos 17 cas il ne s'est produit d'affections cardiaques appréciables, mais dans un cas très intense d'ailleurs, une pleuro-pneumonie double s'est développée pendant la durée même du traitement. Cependant, malgré l'apparition de cette complication, la médication n'ayant été en rien modifiée, la durée totale de la maladie n'a pas dépassé 22 jours.
La convalescence a été courte en général, et les malades, bien que souvent fort amaigris, ont rapidement récupéré leurs forces ; jamais nous n'avons remarqué qu*ils présentassent d^accidents indiquant soit une tendance aux hémorrbagies, soit une anémie très prononcée.
Je vous livre, mon cher ami, ces faits sans commentaires. Les remarques qu'ils sont de nature à suggérer ne différeraient en rien de celles qui terminent Tariicle déjà cité de la Gazette. Je me bornerai donc ici à déclarer, conformément aux conclusions de M. Jaccoud, que le traitement du rhumatisme articulaire aigu d'après la mélhode de M. Garrod, dès à présent recommandable par un assez bon nombre d*heureux essais, s'est toujours montré exempt des dangers ou même d'inconvénients sérieux, et qu'il paraît digne, à tous égards, d'être soumis au contrôle d'expérimentations nouvelles.
Plusieurs observations cliniques me portent à penser que