‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 4)Chapitre 124 sur 156 · MUTISME HYSTÉRIQUE · texte numérisé non relu

MUTISME HYSTÉRIQUE

que, chez Taulre, la lésion, vraisemblablement de siège cortical, est, en tout cas, d'ordre purement dynamique et de nature — Texpérience le démontre tous les jours, — essentiellement transitoire.

Cependant, Messieurs, les affections dont ils souffrent présentent entre elles quelques traits communs, sur certains points, même des ressemblances assez étroites, pour qu'un médecin inexpérimenté s'y puisse laisser prendre, peut-ôlre; et cela, précisément, justifiera à vos yeux le rapprochement que j'en veux faire. Ce rapprochement, d'ailleurs, aura certainement un avantage, celui de nous permellre, à côté des points similaires, d'accentuer les contrastes et, partant, de mettre en pleine lumière les caractères cliniques distinctifs des deux ordres d'affections.

Sommairement, les traits communs sont les suivants : les deux malades sont placés, l'un dans l'impossibilité absolue, l'autre dans la presque impossibilité d'exprimer leur pensée par le langage articulé ; de plus, tous les deux sont aphones. L'aphonie du premier est absolue : à peine lui est-il possible d'émettre, et encore seulement à l'aide des plus grands efforts, un petit cri rauque. Le second peut encore faire entendre quelques petits grognements. J'ajouterai qu'ils ont Tun et l'autre conservé le langage mimé dans sa pleine intégrité ; on pourrait converser avec eux par signes ; mais la conversation sera singulièrement facilitée par Tintermédiaire de l'écriture. Non seulement, en effet, nos malades sont en pleine possession de leur intelligence et comprennent admirablement ce qu'on leur dit, mais de plus, ils peuvent très bien traduire leur pensée en écrivant, exactement comme ils le faisaient avant le développement de la maladie, c'est-à-dire dans un style et avec une orthographe en rapport avec l'éducation qu'ils ont reçue.

Tels sont, en gros, les traits de resseiaJ)lance ; quant aux

m xcrraiT: htstêiiqce

cinrlèrcs d^iiLcâf*. cocs nons réserrons de les faire ressortir uiiérlcuremenl.

Je m orcuperai d'abord du premier malade, celai qui doit é::e lobjet princirai de celle leçon, le second n^ayant été placé près de lui qu*à litre de repoussoir destiné à le mieux faire valoir. Eh bien. Messieurs, j.? dirai immédiatement qu'à mon avis, ce garçon, âgé de 33 ans, exerçant actnellement la proft^sion de cnzier, préienle un exemple remarquable de ce que l'on désigne généralement sous le terme de mutisme hysirri^/ffe. Ma!s, avant de rentrer de plain-pied dans i*e.\posé de >on lii-loire et d'essayer de jus;ifier mon diagnostic, je crois iilile, pour rendre notre démonstration plus aisée et plus profitable, de vous indiquer, en quelques mots, ce que nous savons de plus important sur cette singulière affection. C'est lî'ailil'urs là, je vous le rap;»elle, un sujet que nous avons déjà Irailé, en décembre dernier, et M. le D*" Curlaz, qui veut bien rouN apporter son aide pour les examens laryngoscopiques, a r.iit c-.»nn iîlre la siib^lance de mes leçons d'alors, en y ajoutant quelques trails personnels, dans un mémoire intéressant", fondé sur une \inglaine d'observations dont six nous appartiennent.

Le mutisme hystérique nest pas une aCTeclion extrêmement rare; il en a été souvent parlé, et vous le trouverez signalé dans tous les écrits consacrés à l'hysténe. Cependant, je ne crois pas que la caractéristique de ce syndrome eût été suffisamment isolée jusqu^au jour où ont élé délivrées les leçons auxquelles je faisais allusion tout à Theure. Aussi, les détails dans lesquels je vais entrer, présenteront-ils, peut-être, pour quelques-uns d entre vous, Tattrail de la nouveauté.

Donc, Messieurs, voici Ténumération des grands caractères qui, suivant moi, distinguent le mutisme hystérique et en font

!. Voir riFKEXDIGB V, p. 483.

CARACTÈRES FONDABfENTAUX 425

^uii groupe clinique vraiment autonome, original, reconnaissable entre tous. Les choses se passent ainsi que je vais le dire, en m'appujant tant sur les faits que j'ai observés que sur ceux publiés déjà ; c*est matière d*histoire naturelle.

Dans la grande m.ijorilé des cas, le mutisme hystérique débute soudainemenl. Il survient à la suile d'une frayeur, d'une émotion vive, de nalure quelconque ; on le voit se produire parfois, au sortir d'une attaque hystérique ; ou bien encore, sans cause provocatrice apparente, dans le cours de Taphonie hystérique. Enfin, il peut se développer, pendant le cours d'une laryngite vulgah*e.

Sa durée est extrêmement variable; tanlôL de quelques heures, de quelques jours à peine — chez notre malade, il existe depuis trois semaines ; — on Ta vu s'étendre à des mois, et des années même.

La guérison est constante, et la disparition du mutisme est le plus souvent aussi soudaine qu*en avait été l'apparition. Elle survient donc brusquement, et, comme devant, à la suite d'une vive émotion. Les récidives sont fréquentes.

Telle est, du moins, la règle ; mais, à côlé de celle-ci, s'ouvre le chapitre des exceptions. C'est ainsi que, dans certains cas, le malade peut parfaitement ne pas récupérer d'emblée et entière la faculté qu'il avait perdue. Il lui sera possible de chuchotter, de parler à voix basse, mais il restera aphone ; il ne pourra s'exprimer à haute vobc, tout au moins pendant quelque temps encore. Parfois — ce qui est peut-être plus fréquent, — avant de rentrer en complète possession de l'état normal, il traversera une période où se montre un bégayement particulier, consistant dans la répétition fréquente d'une môme syllabe et apparent surtout lorsque le mot dont elle fait partie est d'une certaine longueur.

498 caocnoTTtMEhT iKPOsstBU

Tarrive à l'e^ipo&A des âlémenCs coDSlitiitifs da Bien que le malade nitconservtV l'eiécution ialéi^aletej veraenli valgaires de la langue et des lèvres, qall mouvoir ces organes avec agililâ dans toutes le« clirulùa,i façon à souffler, sirflcr comme dans l'étal normal, Ukit déiormait iinpossible (t articuler un mat, même à voûkm. de chuehotter, aiiIrrmeiU dit, cl, qui plus enl, iném^eny» porlanl la plua grande attention, (f imiter Us mouvrmndiittittilatioH ifti U voit faire devint /m. Le maliide est dmc dans l'acception U plus rîgûureu<;e du mol, en ce stm 7I ne peut proférer aucune parole. J'ajoulersi qu'il eit fi» muet, car, lauJU qu'il est ftosïible au sourd-Diu^ldep dei cri* inAmc vîolcnU. le mupi hystérique — bien ce ciraclérc singulier — est aphone, le plus Mi d'une façon ahsolue, au poîul de ne pouvoir, conuae se voit chez noire sujeL, éincltre qu'avec la plus ri difficulté le petit cri rauqae que vous entendrez dans ui» toiil.

.N'rjit-ce pas déj^ là, Me.ssipurs, une association d-* *jriii[;i^ \m\\ remarquable! Certains s'arrêteront peul-ôlre un ioa àlid'^e, qu'en pareil cas, le mutisme est une conS'êqueace lurcllc de ra|>1i<<iiie poussée au plus haut point. Lemalaiiea muet parce qu'il n'a pas de voix, parce que le larjni. • cordes vocales n'enlreut pas en vibration. TouleroU, <«• peu de réflexion, vous reconnaîtrez vite avec moi quei bypolliëse couviiiiiil une erreur profonde. Les hysléri^ ginipîemenl nplioiu's — leia- nombre est grand — soDt,S* vrai, dans l'imposi'ibilité d'émettre des sons élevés, se font parfailcinent comprendre en chuchottant etenpirtA comme on dit, n i^ voi\ basse ».

Le c/i((cAû«cm«ir, Messieurs, n'est pas autrechosequ'tnto gage parlé et articulé. Ce phénomène est, remarquci-le bi* indépendant, d'une manière absolue, de la voix larrngèt

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