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lepsie, qui délivrées depuis quelques années de leurs grandes attaques^ et sorties depuis ce temps du service spécial, exercent dans rhospice les fonctions de domestiques. La première, la nommée L..., bien connue dans l'histoire de l'hystéro-épilepsie et célèbre, en raison du caractère « démoniaque » que présentaient ses crises convulsives, est aujourd'hui âgée de 63 ans. Elle est entrée à la Salpétrière, en 1846, et nous n'avons pas cessé de l'observer depuis 1871. A cette époque, elle était atteinte, comme elle est encore aujourd'hui même, d'une hémianesthésie droite complète absolue, sensorielle et sensitive, avec ovarie du même côté qui, pendant celle longue période de 15 ans, n'a pas été modifiée, même temporaireme^it^ soit par l'action maintes fois essayée des agents œslhésiogènes, soit par les progrès de l'âge, soit par la ménopause. Il y a cinq ou six ans, à l'époque où notre attention a été plus particulièrement attirée sur les modifications que subit le champ visuel chez les hystériques, nous avons reconnu chez elle l'existence très accusée du rétrécissement classique du champ visuel, marqué des deux côtés, mais beaucoup plus prononcé du côté droit. L'examen répété, chaque année, une ou deux fois, depuis cette époque, n'a Jamais manqué de faire reconnaître la permanence de ce rétrécissement.
L'autre malade, la nommée Aurel..., actuellement âgée de 62 ans, et chez laquelle les grandes attaques, remplacées parfois par des symptômes d'angine de poitrine, n'ont cessé d'exister que depuis une dizaine d'années, présentait déjà en d8ol, ainsi que le constate une note très précieuse datant de celte époque, l'hémianesthésie gauche complète, absolue, sensorielle et sensitive, que, ainsi que vous pouvez le constater, nous retrouvons chez elle encore aujourd'hui, c'est-à-dire après une longue période de 34 ans ! — Cette malade est soumise à notre observation depuis 13 ans, et jamais l'hémianesthésie en question n'a cessé, lors de nos examens souvent répétés,
d'être présente. Le rélrécissemenl double du champ visuel, très net des deux cAtés, mais plus prononcé à gauche, que Texamen campimétrique nous a fait retrouver ces jours-ci, existait déjà chez elle, il y a cinq ans
C'en est assez, je pense, pour vous montrer comment, chez ces femmes, les stigmates dont personne ne songerait à contester la nature hystérique, se sont montrés stables, permanents, et combien peu cela répond à Tidée fausse, par trop de généralité, qu'on se fait en général de l'évolution des symptômes de la maladie.
J'en viens maintenant à l'étude de nos hystériques mâles.
Observation I. — Le nommé Ilig..., garçon de magasin, âgé de 44 ans, est entré à la Salpélrière, le 12 mai 1884, il y a bientôt un an. C'est un homme grand, fort, bien musclé ; il a été autrefois tonnelier et supporte sans peine un travail fatigant. Les antécédents héréditaires sont fort remarquables chez ce malade. Son père vit encore ; il est âgé de 7G ans. De 38 à 44 ans, par suite de chagrins et de pertes d'argent, il a souffert d'attaques de nerfs sur la nature desquelles le malade ne peut qu'imparfaitement nous renseigner. Sa mère est morte à 65 ans asthmatique. Le grand oncle de la mère était épileptique et est mort des suites d'une chute dans le feu survenue dans un accès. Les deux filles de cet oncle étaient également épt'leptiques, Rig..., a eu sept frères et sœurs qui ne présentaient pas de maladies nerveuses. Quatre sont morts; parmi les trois restants, une sœur est asthmatique. Luimême a eu neuf enfants, dont quatre sont morts en bas âge. Des cinq qui vivent encore^une fille de 15 ans a des crises de nerfs; une autre fdgée de iO ans, a des attaques d'hystéro-épilepsie que M. Marie a constatées ici même ; une autre fille est faible d'intelligence ; enfin deux garçons ne présentent rien de particulier à noter.
Dans les antécédents personnels^ nous relevons les faits suivants : A 19 et à 29 ans, le malade a été atteint de rhumatisme articulaire aigu, sans lésions du cœur. La dernière attaque a duré 6 mois et c'est peut-être au rhumatisme qu'il faut attribuer les dé-
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formalions des mains que Ton constate chez lui. Étant enfant, il élait peureux ; le sommeil élait troublé par des rêves et des cauchemars, et, en outre, il était somnambule. Il se levait souvent la nuit, travaillait, et le lendemain matin il était fort étonné de trouver son ouvrage fait. Cet état dura de 12 à 15 ans. Il s*est marié à 28 ans. On ne note dans les antécédents ni syphilis, ni alcoolisme, bien que le malade ait été tonnelier. Il est arrivé à Paris à Tàge de 32 ans, travaillant d'abord chez son père, puis cmplo3'é comme garçon de magasin dans une usine d*épuralion d*huilc.
En 1876, il avait alors 32 ans, il lui est arrivé un premier accident. Il se coupa assez profondément avec un rasoir qu'il afQlait, comme certaines personnes ont coutume de le faire sur la face antérieure de son avant-bras. Une veine fut sectionnée, le sang jaillit ; Thémorrhagie et la frayeur aidant, le malade tomba par terre privé de sentiment et de mouvement. Il fut long à se remettre et resta deux mois profondément anémié, pâle et sans pouvoir travailler.
En i882, il y a par conséquent trois ans, il descendait en cave une pièce de vin, lorsque la corde qui la maintenait se rompit ; le tonneau roula dans Tescalier et laurait infailliblement écrasé s'il n'eût eu le temps de se jeter de côté ; il ne le fit pas assez cependant pour éviter une légère blessure à la main gauche. Malgré la peur qu'il éprouva, il put se relever et aider à remonter le tonneau. Mais, cinq minutes après, il eut une perte de connaissance qui dura vingt minutes. En revenant à lui, il était incapable de marcher, Lint les jambes étaient faibles et Ion fut obligé de le ramener chez lui en voiture. Pendant deux jours, il lui fut absolument impossible de travailler; la nuit, son sommeil était troublé par des visions effrayantes et interrompu par des cris : « à moi.. I je suis tué...! » Il revoyait en rêve la scène de la cave. 11 avait néanmoins repris son travail, lorque 10 fours après l'accident^ au milieu de la nuit, il eut sa première attaque dhystéroépHepsie, Depuis cette époque, les attaques revinrent à peu près régulièrement tous les deux mois et souvent, dans l'intervalle, pendant la nuit, soit au moment du premier sommeil, soit au réveil, il était
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profondément troublé par des visions d'animaux féroces.
Autrefois, au sortir de ses crises, il se rappelait ce qu'il avait rêvé pendant Tatlaque, phénomène qui n'existe plus aujourd'hui. Il était dans une forêt sombre, poursuivi par des brigands ou des animaux affreux, ou bien la scène de la cave se déroulait devant ses yeux et il voyait des fûts qui roulaient sur lui et menaçaient de Técraser. Jamais, il Taffîrme, ni pendant les attaques, ni dans rinlervalle, il n*a eu de rêves ou d'hallucinations d*un caractère gai ou agréable.
A cette époque, il alla consulter à Sainte-Anne. On lui prescrivit du bromure de potassium, et cette médication, remarquez-le bien, n*a jamais eu la moindre influence sur les attaques, bien que le médicament ait été absorbé d'une façon continue jusqu'à saturation.
G*est dans ces conditions que Rig... a été admis à la Salpêtrière, dans le service de la clinique, et, à son entrée, nous constatons Tétat suivant :
Le malade est pâle, anémique, il a peu d'appétit, surtout pour la viande, à laquelle il préfère les mets acides ; en somme, l'étal général est assez peu satisfaisant. Les stigmates hystériques sont chez lui très nets. Ils consistent dans une hémianesthésie double en plaques d'une très grande étendue, pour la douleur (pincement, piqûre) et pour le froid. L'anesthésie sensorielle n'existe, en général, qu'à un très faible degré ; le goût, l'odorat sont normaux ; l'ouïe cependant est obnubilée d'une façon assez nette, surtout A gauche ; le malade n'entend pas mieux quand on applique sur le crâne l'objet sonore. Pour ce qui concerne la vision, les symptômes sont beaucoup plus nets et suffiraient seuls, en quelque sorte, pour permettre d'affirmer la nature hystérique de l'aiïeciion. Il présente, en effet, des deux côtés un rétrécissement notable du champ visuel , plus accentué cependant à droite. Il distingue toutes les couleurs, mais le champ visuel du bleu s'est rétréci plus que celui du rouge et est [)assé en dedans de ce dernier, phénomène, quand il se rencontre, tout à fait caractéristique, autant que je t-ache, du chan)p visuel des hystériques et dont je vous ai