LIVRE II
D*on c*ÊTAiT MOI , naff autant que rare , EDtretîoidn dans ces vers le lecteur.
Void le ftit , quiconque en soit Tauteur : Ty mets du mien selon les occurrences; C'est ma coutume; et sans telles licences, Se quitterais la cbaiise de conteur.
Un liomme donc avait belle servante :
n la rendit an jeu d'amour savante.
Elle était fille à bien armer un lit ,
Pleine de suc, et donnant appétit ;
Ce qu'on appelle en français bonne robe * .
Ptfiin beau jour, cet homme se dérobe
D avec sa femme, et d'un très-grand matin
S'en va trouver sa servante au jardin.
£Ue faisait un tMuquet pour madame :
Cétait sa fête. Or , voyant de sa femme
Le bouquet feit , il conunence à louer
L'assortiment , tâdie à s'insinuer.
S'insinuer en fait de diambrière
C'est proprement couler sa main au sein :
Ce qui fut fait. La servante soudain
Se défendit ; mais de quelle manière?
Sans rien gâter : c'était une ikçon
Sur le marché ; Inen savait sa leçon.
La belle prend les fleurs qu'elle avait mises
En on monceau , les jette au compagnon.
n la baisa pour en avoir raison,
Tant et si bien qu'ils en vinrent aux prises.
Eneet étrif la serrante tomba :
Loi d'en tirer aussitôt avantage.
Le malheur fut que tout ce beau ménage Fot découvert d'un logis près de là.
Nos gens n'avaient pris garde à cette affidre. Une voisine aperçut le mystère.
L'époux la vit , je ne sais pas comment. Nous voUà pris , dit-il isa servante :
Notre voisine est languarde * et méchante ; Mais ne soyez en crainte aucunement, n va Urouvcr sa flemme en ce moment ; Pds fUt si bien que , s'étant éveillée , EUe se lève i et , sur l'heure habillée ,
* CertnMire Jolie, gallbrde , et oomplàiBante. Le mot robe •'a pu id n ligiiificaUoii ordinaire : c'est le mot Italien roba, qoirignifle des Ment de toute nature; c*eit l'ancien mot robe de hfangne fomaiie, qoi désigne tonte sorte de bufip. Cette expreaioD de boume robe est empruntée aux Italiens, qui disent iMKarote, ou bella ràba^ pour exprimer, sek» Allierti, una kmkiabella, ënzicM tiOf ma dUhoneHq, e tiipartUo, Hobber, nbbew, et roberie, étaient autrefois synonymes de dérober, iéiubeor.et devolerie. Voyei Mloot, Tkrf sarde la langue frtmça^u, p. BTX
*Ghoc oombat, ooostertaUoo.
> Bavarde, indiscrèle.
Il continue à jouer son rôlet ; Tant qu'à dessein d'aller faire un bouquet La pauvre épouse au jardin est menée.
Là fut par lui procédé de nouveau.
Même débat , même jeu se commence.
Fleurs de voler, tétons d'entrer en danse. Elle y prit goût; le jeu lui sembla beau. Somme que l'herbe en fiit encor flroissée. La pauvre dame alla l'après-dlnée Voir sa voisine , à qui ce secret-là Chargeait le cœur : elle se soulagea Tout dès l'abord. Je ne puis, ma conmière , Dit cette femme avec un ftont sévère ,
Laisser passer sans vous en avertir
Ce que j'ai vu. Voule2-vous vous servir , Encor longtemps d'une fille perdue?
A coups de pied , si j'étais que de vous ,
Je l'enverrais ainsi qu'elle est venue.
Comment I elle est aussi brave < que nous 1
Or bien , je sais celui de qui procède
Cette piaffe : apportez-y remède
Tout au plus tôt ; car je vous avertis
Quecematin,étant àla fenêtre,
Ne sais pourquoi , j'ai vu de mon logis
Dans son jardin votre mari paraître.
Puis la gdande * ; et tous deux se sont mis
 se jeter quelques fleurs à la tête.
Sur ce propos l'autre l'arrêta coi.
Je vous entends , dit-elle ; c'était moi.
LA VOISINE
Voire ^ écoutez le reste de la fête : Vous ne savez où je veux en venir.
Les bonnes gens se sont pris à cueillir Certaines fleurs que baisers on appelle.
LA FBMlfB.
C'est encor moi que vous preniez pour elle.
LA VOISINE
Du jeu des fleurs à celui des tétons Ils sont passés : après quelques fiiçons , A pleine main l'on les a laissé prendre.
LA FBUHE.
Et pourquoi non? c'était moi. Votre époux N'a-t-il donc pas les mêmes droits sur vous ?
4 Bien parée, bien arransée , gentille. C'est la seule si§nmri> tion de ce mot dans notre ancien langage : c'est le bravé du dialecte languedocien , qui ne répond nullement au mot brave selon sa signification moderne.
> 11 7 égalante dans tontoi les édUloni modemesi mais golanU et galande n'étaient pas alors sTnonymes. Vofoila note pageioa
'Mais.
iS»
CONTES ET NOUVELLES
LA VOlSllfB.
Cette personne enfin sur ITierbe tendre Est trébochée ; et , comme je le croi , Sans se blesser.. « Vous riez?
LA FEMMS.
C'était moi.
LA VOISINE
Un cotillon a paré la Terdore.
LA FEU MB.
C'était le mien.
LA TOISIHB.
Sans vous mettre en courroux , Qui le portait de la fille ou de vous? C*est là le point ; car monsieur votre époux Jusques au bout a poussé laventure.
LA FEMME
Qui? c'était moi. Votre tête est bien dure.
LA VOlSIfUE.
Ah! c'est assez. Je ne m'informe plus:
J'ai pourtant rœil assez bon, ce me semble : J^urais juré que je le^ avais vus En ce iieu-U se divertir ensemble.
Mais excusez ; et ne la cbassez pas.
LA FEMME
Pourquoi diasser? j'en suis très-bien servie.
LA VOISIIHB.
Tant pis pour vous I C'est justement le cas. Vous en tenez , ma commère, m'amte.