‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 111 sur 723 · GUILLOT · texte numérisé non relu

GUILLOT

Tai TU, je le répète, Vous et monsîenr qui dans ce même endroit Jouiez tous deux au doux jeu d'amourette : Si ce poirier n'est peut-étre charmé.

LA FEMME

Voire ' cbarmé! tu nous fiiis un beau conte!

LE MARI

Je le veux voir, vraiment; 6ut que j'y monte : Vous en saurez bientôt la vérité.

Le midtre à peine est sur l'arbre monté , Que le valet embrasse la maîtresse.

L'époux, qui voit comme l'on se caresse , Crie, et descend en grandliâte aussitôt. 11 se rompit le col, ou peu s'en dut, Pour empêcher la suite de raffoire , Et toutefois il ne put si bien foire Que son honneur ne reçôt quelque édiec. Gomment I dit-il, quoi I même à mon aspect ! Devant mon nez 1 i mes yeux! Saintedame, Que voos fiiut-il? qu'avez-vous? dit la femme.

LE MARI

OBe»-tu bien le demander encor ?

LA FEMME

Et pourquoi non?

LE MARI

Pourquoi? N'al-je pas tort De faocnser de cette dfronterie ?

«Yniment

LA FEMME

Ah f c'en est trop ; pariez mieux , je vous prie.

LE MAEL

QomI œ coquin ne te caressait pas?

LA FEMME

Moi? VOUS rêvez.

LE MARI

D'où viendrait donc ce cas?

Âi-je perdu la raison ou la vue?

LA FEMME

Me croyez-vous de sens si dépourvue , Que devant vous je commisse un tel tour? Ne trouverais-je assez d'heures au jour Pour m'égayer , si j'en avais envie ?

LE MARI

Je ne sais plus ce qu'il fout que j'y die. Notre poirier m'abuse assurément.

Voyons encor. Dans le même moment L'époux remonte , et Guillot recommeace.

Pour cette fois le mari vdt la danse Sans se lldier , et descend doucement.

Ne cherchez plus , leur dit41 , d'autres causes : C'est ce poirier , il est ensorcelé.

Puisqu'il foit voir de si vilaines choses , Reprit la femme , il fout qu'il soit brûlé : Cours au logis; diis qu'on le vienne aballre* Je ne veux plus que cet arbre maudit Trompe les gens. Le valet (diéit.

Sur le pauvre arbre ils se mettent à quatre. Se demandant l'un l'autre sourdement Quel si grand crime a ce poirier pu La dame dit : Abattez seulement ; Quant au surplus , ce n'est pas votre Par ce moyen la seconde commère Vint au-dessus de ce qu'elle entreprit.

Passons au tour que la trmsième fit.

Les rendez-vous chez quelque bonne amie Ne lui manquaient non plus que l'eau du puits. Là tous les jours étalent nouveaux déduits * : Notre donzelle y tenait sa partie.

Un sien amant étant lors de quartier , Ne croyant pas qu'un plaisir fût entier S'il n'était Ûbre , à la dame propose De se trouver seuls ensemble une nuit.

Deux, lui dit-elle; et pour si peu de chose Vous ne serez nullement éconduit.

Jà de par moi ne manquera l'affoire.

* PUisin d'amour.

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