‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 151 sur 723 · XII. L'AMOUR MOUILLÉ · texte numérisé non relu

XII. L'AMOUR MOUILLÉ

IHITATIOIH D^ANAGRÉON.

J^étais couché mollement , Et, contre mon ordinaire.

Je dormais tranquillement, Quand un enfant s'en .vint foii-e A ma porte quelque bruit.

Il pleuvait fini cette nuit :

Le vent , le froid , et l'orage , Contre l'enfont foisaient rage.

Ouvrez , dit-il , je suis nu.

Moi, charitable et bon homme , J'ouvre au pauvre morfondu , Et m'enquiers comme il se nomme.

Je te le dirai tantôt.

Repartit-il : car fi faut Qu'auparavant je m'essuie.

J'aUume aussitôt du feu.

Il regarde si la pluie N'a point gâté quelque peu Un arc dont je me méfie.

Je m'approche toutefois , Et de l'enfant prends les doigts , Les réchauffe; et dans moi-même Je dis : Pourquoi craindre tant?

Que peut-il? c'est un enfant :

Ma couardise est extrême D'avoir eu le moindre effroi \ QueseraiUce si chez mol J'avais reçu Polyphême?

L'enfant, d'un air enjoué, Ayant un peu seconé Les pièces de son armure

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CONTES ET NOUVELLES

Et sa blonde chevelure , Prend un trait, un trait vainqueur, Qu'il me lance au fond du cœur.

Voilà , dit-il , pour U peine.

Souviens -toi bien de Climène , Et de TÀmour, c'est mon nom.

Ah ! je vous connais , lui dis-je , Ingrat et cruel garçon ; Faut-il que qui vous oblige Soit traité'de la foçon I Amour fit une gambade ; Et le petit scélérat Me dit : Pauvre camarade , Mon arc est en bon élat , Mais ton cœur est bien malade.

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