‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 157 sur 723 · KK · texte numérisé non relu

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Déiniit l'éclat , JSadt languir les attraits.

Notre malade avait la face biéme

Tout justement comme on saint de carême ;

Boone d'ailleurs, et gente ' , à cela près.

La ftcolté sur ce point consultée y

Après aroir la chose examinée,

Dit qoe bientôt madame tomberait

En fièirre lente , et puis qu'elle mourrait.

Force sera que cette humeur la mange ,

A moins que de. ..( Ta moins est bien étrange ) ,

A moins enfin qu'elle n*ait à souhait

Compagnie d^bomme. Hippocrate ne fait

Choix de ses mots , et tant tourner ne sait.

9 Jésos! reprît toute scandalisée Madame aMi)esse : Eh I que dites-vous là ? Fi ! Noos disons , repartit à cela La £walté , que pour chose assurée Vous en mourrez , à moins d'un bon galant : Bon le feot-tl , c'est*un point important ; Autre que bon n'est ici suffisant \ Et si bon n'est , deux en prendrez, madame. Ce fbt bien pis : non pas que dans son âme Ce bon ne fût par elle souhaité ; Biais le moyen que sa communauté Lm Tint sans peine approuver telle chose ! Hoot^ souvent est de dommage cause.

Ssor Agnès dit : Madame , croyez-les ; Un tel remède est diose bien mauvaise , SU a le goût médiant à beaucoup près CoDHDe la mort. Vous fiûtes cent secrets ; Faût-Q qu'un seul vous choque et vous déplaise? Vous en parlez , Agnès , bien à votre aise, Reprit l'abbesse : or çà , par votre Dieu ,

Le feriez-voiis? mettez-vous en mon lieu.

Ooi-da , madany ; et dis bien davantage :

Votre santé m est chère jusque-là

Qoe , s'il fiilkut pour vous souffrir cela ,

Je ne voudrais que dans ce témoignage

D*afrection pas une de céans

Me devançât. Mille remerciments

A sœur Agnès donnés par son abbesse.

La ftcolté dit adieu là-dessus ,

Et protesta de ne revenir plus.

Tout leoNivent se trouvait en tristesse , Quand sœur Agnès , qui n'était de ce lieu La moins sensée , au reste bonne lame' , Dità ses sœurs : Tout ce qui tient madame Est seulement belle honte de Dieu :

^ charité n'en est-il point quelqu'une

Pour lui montrer l'exemple et le chemin?

Cet avis fut approuvé de chacune ;

On l'applaudit , il court de main en main.

Pas une n'est qui montre en ce dessein

De la firoideur , soit nonne , soit nonnette ,

Mère prieure , ancienne , ou discrète.

Le billet trotte; on fait venir des gens

De toute guise , et des noirs , et des blancs ,

Et des tannés. L'escadron, dit l'histoire,

Ne fut petit , ni , comme Ton peut croire ,

Lent à montrer de sa part le chemin.

Us ne cédaient à pas une nonnain

Dans le désir de faire que madame

Ne fût honteuse , ou bien n*eût dans son âme

T^l récipé , possible , à contre-cœur.

De ses brebis à peme la première

A foit le saut , qu'il suit une autre sœur ;

Une troisième entre dans la carrière ;

Nulle ne veut demeurer en arrière.

Presse se met pour n'être la dernière.

Que dirai plus ? Enfin Timpression

Qu'avait Tabbesse encontre ce remède ,

Sage i^ndnè , à tant d'exemples cède.

Un jouvenceau fait l'opération

Sur la malade. Elle redevient rose ,

Œillet , aurore , et si quelque autre chose

De plus riant se peut imaginer.

O doux remède ! ô remède à donner !

Remède ami de mainte créature , Ami des gens , ami de la nature , Ami de tout I point d'honneur excepté.

Point d'honneur est une autre maladie : Dans ses écrits madame fticnlté N'en parle point. Que de maux en la vie I

IlL LES TROQUEURS.

> Le changement de mets réjouit l'homme f Quand je dis Thomme , entendez qu'en ceci La fenmie doit être comprise aussi :

Et ne sais pas comme il ne vient de Rome Permission de troquer en hymen ; Non si souvent qu'on en aurait envie , Mais tout au moins une fois en sa vie. Peut-être un jour nous l'obtiendrons. Amen, Ainsi soit41 ! Semblable induit en France Viendrait fort bien , j'en réponds ; car nos gens Sont grands troqueurs: Dieu nous créa diangeants.

Près de Rouen , pays de sapience ',

* Mie, aimalble. 'De prudence et de sagesse. Le ptmg de sapience «est une

'RDe^adraile. Métaphore Orée de Tait de reacrime, bomie phrase proverbiale usitée pour désigner en style ei^oué lapny I employer. t tipoe de Normandie.

CONTES ET NOUVELLES

Deux villageois aTaient chacun chez soi Forte femelle , et d'assez boa aloi.

Pour telles gens qui n'y raffinent guère , . Chacun sait bien qu'il n'est pas nécessaire Qu'Amour les traite ainsi que des prélats. A vint pourtant que , tous deux étant las De leurs moitiés , leur voisin le notaire Un jour de ftte avec eux chopinait.

Un des manants lui oUt : Sire Oudinet , /ai dans l'esprit une plaisante aflaire. Vous avez fait sans doute en votre temps Plusieurs contrats de diverse nature; Ne peut-on point en faire un où les gens Troquent de femme ainsi que de monture ? Notre pasteur a bien changé de cure :

La femme est-elle un cas si différent ? Et pargué non; car messire Grégoire Disait toujours , si j'ai bonne mémoire : Mes brebis sont ma femme. Cependant Il a changé : changeons aussi , compère. Très-Tolontiers , reprit l'auire manant ; Mais tu sais bien que notre ménagère Est la plus belle : or çà j sire Oudinet , Sera-ee trop s'il donne son mulet Poiu" le retour? Mon mulet? eh I parguenne , Dit le premier des villageois susdits , Chacune vaut en ce monde son prix ; La mienne ira but à but pour la tienne : On ne regarde aux femmes de si près.

Point de retour, vois-tu , compère Etienne. Mon mulet, c'est... c'est le roi des muleU. Tu ne devrais me demander mon âne Tant seulement : troc pour troc , tonche-là. Sire Oudinet, raisonnant sur dfela , Dit ; n est vrai que Tiennette a sur Jeanne De ravantoge , à ce ^ii semble aux gens : Mak le meilleur de la béte , à mon sens , N'est ce qu'on voit : femmes ont maintes choses Que je préfère , et qui sont lettres doses ; Femmes aussi trompent assez souvent; Jà ■ ne les ùad éplucher trop avant.

Or sus, voisins , feisonsles choses nettes. Vous ne voulez chat en poche • donner Ni run ni l'autre ; allons donc confronter Vos deux moitiés comme Dieu les a fôités. L'expédient ne Ajt goûté de tous.

Trop bien voilà messieurs les deux époux Qui sur ee point triomphent de s'étendre : Tiennette n'a ni suros ni malandre' ,

> Pat.

' Bxprenioo proverbial*, pour dire dooner oa Tendre one CBoee laiis la oomialtre.

» BxprMiioo proveriiUIe tirée de l'art Tétérioaire. Le wros

Dit le second. Jeanne , dit le premier ,

A le corps net comme un petit denier ' ;

Ma foi , c^est bftme*. Et Tiennette est ambroiie \

Dit son époux; telle je la maintien.

L'autre reprit ; Compère , tiens-toi bien ;

Tu ne connais Jeanne ma vUlage<nse ;

Je tVertis qu*à ce jeu... m'entends-tu?

L'autre manant jura : Par la vertu %

Tiennette et moi nous n'avons qu'une noise,

C'est qui des deux y sait de meillenn toorg;

Tu m'en diras quelques mots dans deux joan.

A toi , compère. Et de pi*endrè la tasse ,

Et de trinquer. Allons , sire Oudinet,

A Jeanne; top*. Puis à Tiennette; masse*.

Somme qu'enfin la soute ^ du mulet

Fut accordée , et voilà marché fait.

Notre notaire assura l'un et l'autre

Que tels traités allaient leur grand chemin.

Sire Oudinet était un bon apôtre ,

Qui se fit bien payer son parchemin.

Par qui payer? Par Jeanne et par Tiennette:

Il ne voulut rien prendre des maris.

Les villageois furent tous deux d'avis Que pour un temps la chose fût secrète ; Mais il en vint au curé quelque vent, n prit aussi son droit : je n'en assure , Et n^y étais; mais la vérité pure Est que curés y manquent peu souvent.

Le derc non plus ne fit du sien remise : Rien ne se perd entre les gens d'Église. Les permuteurs ' ne pouvaient bonnement

est une tumeur qui vient à la Jambe du cheval , cl la malndn une crevasse qui se manifeste au genou du ni«me aoiiiuil. ti qui est accompagnée d'écoulement d'humeor. Ce ven veut donc donc dire : •

■ Tiennette n'a ni tnmear ni hnoMar.'

' Expression proveiliiale , pour dire trés-propra.

* C'est du baume, c'est de l'exceUcnt. Les gens de camp^w. surtout en Normandie, disent hdme. On disait aotrefoU hum pour baume . etembasme pour embaume.

> Est ambroise . est divine. On tnmve amhrolH pour ambrosie dans nos vieux auteurs. Voj. Hoquefort, DidkMoitt delà langue romane, 1. 1, p. 87.

< Par la vertugoy, ou verUtbteu, on vertudieu ; joroni populaires.

s Dans la première édition in-»*, on lit tops. Mais akm k vers a une srUabe de trop : c'est poniquoi dan le recoed de f 678 ou de 1676 U Fontaine a . par licence puétiqoe, retranché Ve, Tope et mdete sont des mots empruntés su vocabulabre des Joueurs i mdtee est la somme d'argent qn'on oft* comme ei\)eu': ponr l'accepter, oo dit tope,

•Comme le mari de Tiennette demande du retoor.lM dK pas tops quand on trinque àson sqJetsmaisilpronoQCsleiBOt mdsAe , indiquant par Uqu'il attend l'oCbe d'un enjeo quiéfile le sien.

V SimU ert la sommie pajée pour rendre les lois égoL * Les troqueun.

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