‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 243 sur 723 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

DAMIS, PARMENON.

DAMIS

DqNDsqa*enoore enftnttu me fus présenté, ToD zèle à me servir s'est toujours augmenté; ÂQSBÎt'atje donné mes deux fils à conduire : Parmenoo, si tu peux à l'hymen les réduire, Pour prix de tes travaux, je te veux affrancliir. Peot-ètre que Tainé ne se pourra fléchir; SoD amour pour Thafo est encore un peu fprte; EotrqNrendsmon cadet : qui des deux, il n'importe. Dès Ion qne j*en verrai l'un ou l'autre soumis , Ta te peux assurer de ce qu'on t'a promis.

PARMBNON.

le ne refuse point un si digne salaire;

Mais rien que mon devoir ne m'excite à bien faire :

V0Q8 m'y voyez , monsieur, déjà tout préparé.

Koo qne je m'en promette un succès assuré;

n est des plus douteux du côté de Phédrie :

J'ai beau parler d'hymen, c'est en vain qu'on le prie;

Toot antre m*entendrait , lui seul me semble sourd.

DAMIS

Je m'en promettids mieux, lorsque son prompt retour à détruit mes projets fimdés sur son voyage.

PABMERON.

On n*en rencontre point qui tiennent leur courage ; Tous ces fréquents dépits font peu pour ce regard. Rm)^ enUrç amants sont jeux pour la i^upart;

Vous les trouverez tous bâtis sur ce modèle : Un mot les met aux champs, demi-mot les rappelle» Et, tout considéré, ce qu'on peut faire ici, C'est d'en remettre au temps la cure et le soud. Quant à votre cadet , j'en espère autre chose.

DAMIS

Qu'il s'assure de moi, quelque objet qu'il propose. Un autre aurait voulu s'en réserver le choix ; Maisn'étantpointd'humeuràprendro tous mes droits, Si la beauté lui plaît , j'entends qu'il se contente. Et la dot d'une bru ne fait point mon attente. D me peut satisfaire et suivre son désir, Pourvu que de naissance il sache la choisir. Ceci les réduirait, s'ils étaient tous deux sages. J'ai du bien, grâoeaux dieux, assez pour trois ménages; n ne m'est pluis besoin de former d'autres vœux Que de me voir bientôt renaître en mes neveux , Et qu'un petit Chérée entre mes bras se joue.

PARMENON.

Votre désir est juste, et» pour moi , je le loue.

DAMIS

Je m'en suis, Parmenon, si fort entretenu, Que je crois d^à voir mon cadet revenu.

PARMENON.

Vous le verrez aussi, dormez en assurance; Je ne suis pas devin, mais j'ai bonne espérance. Qui vous en parlerait, monsienr, dès aujourd'hui?

DAMIS

Tu flattes un peu trop l'amour que j'ai pour lui.

PARMENON.

D n'est , à mon avis , que d'avancer matière.

DAMIS

Je remets en tes mains mon espérance entière.

PARMENON.

Il s'en fiiut assurer le plus tôt qu'on pourra.

DAMIS

Agis , parle , dlnpose ainsi qu'il te plaira ;

Tâche à me rendre heureux par un double hyménée :

Si l'ainé pour Thaïs tient son ^me obstinée ,

Je consens qu'il l'épouse avant la fin du jour.

D'abord il te faudra combattre son amour.

Et, s'il ne se rend point, lui redonner courage.

Tu me vois, grâce aux dieux, assez sain pour monâge ;

Mais si la mort nous trompe , et rend libre mon fils ,

D conclura l'afTaire , ou peut-être enoor pis.

Je remets , Parmenon , le tout à ta prudence.

De leurs plus grands secrets ils te font confidence :

Ménage ton crédit , et m'avertis de tout :

II n'y Ikut plus penser, si tu n'en viens â bout.

Je m'en vais cependant trouver Archidémide :

Par des tours de chicane un voisin l'intimide ; ,

Tu peux en voir l'avis qu'il me vient d'envoyer.

A les mettre d'accord on devrait s'employer :

n ne s'agit enfin que de fort peu de chose.

L'EUNUQUE, ACTE V, SCËNE IIL

Cette lettre conlient on récit de la cause , * Mais si long , si confus , que je yeux , sans tarder, M'en instruire aujourd'hui , pour demain la plaider.

PARUENON.

Dites-lui qu'il abrège , et que votre présence , ^ Ne nous manque au besoin par trop de complaisance.

DAMIS

n est long , en effet.

PARUENON.

Gardez de Télre aussi.

DAMIS

Son logis , en tout cas, n'est qu'à trois pas d'ici.

PARMENON , seul.

Les Toilà bien ensemble , et je tiens que le nôtre A rebattre un discours l'emporte dessus Taulre. Pour moi , j'ai de la peine à souffrir cet excès : Quand un plaideur s'en vient m'enfiler son procès, Quelque excuse aussitôt m'épargne un mal de tète, De peur d'être surpris la tenant toujours prête : D'un, Mon maître m'attend, j'interromps leur caquet. Qu'Archidémide vienne, il aura son paquet, Fût*il plus révérend cent fois qu'il ne nous semble.

&CÈNE in.

CHR£BfÈS,PHÉDRI£, CUÉREE, PAHMENON.

PARMENON.

Tous deux fort à propos je vous rencontre ensemble. Mais ce lieu m'est suspect , tirons-nous à l'écart.

CHREMES.

Adieu ; dans vos secrets je ne veux point de part.

PHÉDRIB.

Vous pouvez demeurer, je sais votre prudence; On se peut devant vous ouvrir en confidence. Ne crains point , Parmenon.

PARMENON.

Le voulez-vous ainsrf Damis notre vieillard vient de partir d'ici.

PBÊDRIE.

Je savais son retour.

PARMENON.

Il sait aussi le vôtre ; Et comme on peut tomber d'un discours en un autre, N'ayant de vos amours longtemps entretenu , A des propos d'hymen il est enfin venu : Qn'il se voyait déjà presque un pied dans la tombe ; Qu'an faîx de tant de biens, chargé d'ans il succombe; Que, pour courir à tout n'étant plus assez vert , n se veut désormais tenir clos et couvert , Caresser, les pieds chauds, quelque bru qui lui plaise; Conter son jeune temps , banqueter à son aise : C'est là , ce m'a-t-il dit , le seul but où je tends. S'ils veulent voir mes jours plus longset plus contents, Il fiint qu'un prompt hymen me délivre de crainte ;

Non que je leur impose une aveugle contrainte; Pour plus tôt les réduire à suivre mon désir. Je leur laisse à tous deux le pouvoir de choisir (Citoyenne j'entends)*, du reste il ne m'importe : Ennuyé des chagrins que l'âge nous apporte, Je ne demande plus qu'un entretien flatteur Qui dessusmes vieuxjoun me mette en belle homeor, Que l'un on Tantre enfin choisisse une maîtresse. L'amour de ces objets qu'on suit dans la jeunesse Ne produit rien d'égal aux plaisirs infinis Que cause un sacré nœud dont deux oœnis sont um. Tu sais que les doooenrs Jamais ne s'en oonompent; Au Uen que ces amours, dont tes chamiei nous tnûipefit, Jamais à bonne fin ne peuvent aboutir : On verra mon aîné trop tard s'en repentir : J'en ai su le retour aussitôt que l'absence; Ce changement soudain , cette molle impuissance , M'empêchent d'espérer qu'il s'accorde à mes tœhx; Mais , le cadet encor n'étant pas amoureux , C'est là qu'il faut tourner l'efTort de la machine; Et de peur que Thaïs , ou quelque autre voisine , Par son civil accueil ne l'aille retenir, Sans perdre un seul moment il le font prévenir. S'il se pouvait, ô dieux! que j'aurais d'allégresse I Tu sais qu'il a longtemps voyagé par la Grèce : A peine en revient-il , et depuis son retour Je ne vois point qu'encore il ait conçu d'anioor. Ses plaisirs ont été les chevaux et la chasse : Avant qu'une maîtresse en son cœur ait pris place, Peut-être son devoir ailleurs l'aura porté. A ces mots le vieillard , en pleurant , m'a qiutté. C'est un père, après tout; il feut qu'on lui complaise.

PBÉDRIE.

Vraiment vous en parlez tous deux bien à votre aise : Si l'amour en vos cœurs régQàit pour un moment, Je vous verrais bientôt d'un autre sentiment.

PARMENON.

Contre moi sans raison vous entrez en colère : D'interprète, sans plus, je sers à votre père; Quoique vous m'entendiez parler en précepteur, De tout ce long discours je ne suis point l'auteur; Vous voyez que ceci tient beaucoup de son style.

PHÉDRIB.

Tu ne l'es pas non plus de la fourbe subtile Dont mon frère, en eunuque aujourd'hui déguisé, A chacun du logis par sa feinte abusé? Qui t'a rendu muet? cherches-tu quelque acose?

CHÉRÉE.

C'est à moi qu'il vous faut imputer cette rose ; Assez pour m'en distraire il s'est inquiété. Enfin n'en parlons plus , c'est un point arrêté : Gardez votre Thaïs, laissez-moi ma Pamphile; Et pendant que mon père est d'humeur si facile i Allons lui proposer le choix que j'en ai Ait.

PÀBICERON.

Croyez-Tons qoe d'abord il en soit satisfait? N'étint qoe œ qa^elie est, j'en aurais qnelque'^crainte.

CaÈBÂE.

Qooî! tone sais donc pas le succès de ma feinte?

PAEMElfON.

IfoD, car UNqoQTs depuis j'ai demeuré chez nous.

CHÉEÉB.

Pimpbûe est citoyenne. *

PARHSNON.

O dieux! que dites-vous?

Pimphile est citoyenne I

GHÉaiB.

Et Chrêmes est son firère.

Te conter en détail comment il s*est pu laire Demanderait peut-être un peu plus de loisir : Cestasses que la chose, au gré de mon désir, S^estoagoère entre nous pleinement avérée. Outre que de sa sœur la foi m'est assurée , Ghrànès ne me tient pas un homme à dédaigner ; D M nous reste plus que mon père à gagner.

PAEMENON.

Je TOUS le Tcux livrer au plus tard dans une heure. Do vieillard au procès savez-vous la demeure ? C'est là qu'il nous attend.

Que mon firère est heureux De se voir possesseur aussitôt qu'amoureux I Chacun s'oppose au bien que mérite ma peine. Thaïs n'a plus en moi qu*une espérance vaine : Ne pouvant de discours plus longtemps l'amuser, rûpronûs de mourir, ou^bien de l'épouser. Mourons, puisque l'on n'ose en parler à mon père; Ce n'est que pour moi seul qu'il se montre sévère. Adien, je vais mourir.

PARMBNON.

Attendez un moment.

Tai par son ordre seul harangué vainement , Et par son ordre enfin je vous rends l'espérance. VoQs feriez beaucoup mieux d'user de dkiférence ; Hais puisque tant d'amour loge dans votre sein , Qoe cet amour d'ailleurs s'obstine en son dessein , VoQs irez jusqu'au bout , j'ose vous le promettre. Obtenez de Chrêmes qu'il se veuille entremettre , £t,poriant pour tous deux, vous sauve un compliment Qui vous ferait rougir dans son commencement.

CHEÉMÈS.

Je me tiens tout prié.

CBÈKÉE.

Nous vous en rendons grâce.

PHÉORIB.

AhîmondierParaienon, viens çàqueje t'embrassel

PAEMBNONr

n n'est pas encor temps.

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