‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 290 sur 723 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

THARSIS , DAPHME.

THAESIS.

Que je dois au destin de m'aroir arrêté

En des lieux ou Ton voit briller votre présence 1

Vous y régnez par la beauté,

Aussi bien que par la naissance :

Souffres que j'y demeure au rang de vos sujets.

DAPH5É.

Non , seigneur; Je ne puis recevoir vos hommages; 0£frez-les à d'autres objets ; Abandonnez nos rivages :

Quel plaisir aurez-vous parmi des cœurs sauvages?

THAJISIS.

Je vous verrai.

DAPHNë.

Fuyez cette triste douceur.

Il vaut mieux qu^une prompt^ absence Rende le calme à votre cœur, Que de vous voir enûn guéri par ma rigueur, Ma haine , ou mon indifférence.

THARSIS

O del ! lui dois-je ajouter foi ?

Quoi 1 ne pouvoir m^aimer I me haïr 1 me le dire 1 Amour, tyran des cœurs , depuis que sons ta loi

On gémit , on pleure , on soupire , Fatril jamais amant plus malheureux que moi ?

Que je sache au moins , inhumaine , Ce qu'a TharsîB en lui de si digne de hame?

DAPHNâ.

Son amour, c'est assez : je le dis à regret. Vous avez dans mon cœur quelque ennemi secret Qnimet un voile sur ces charmes

A qui d'autres auraient déjà rendu les armes. Enfin quittez nos bords, seigneur, vous ferez mieiu. Qui ne peut être aimé doit s'éloigner des lieux Où sans cesse il peut voir Ip sujet de ses panes. Faut-il livrer son cœur à d'étemelles gênes

Pour le plaisir de ses yeux ?

Je vous laisse , et me tais : ma fuite et mon silence

Vous seront des tourments plus doux.

THARSIS

Princesse , demeurez : je trouve votre absence Plus cruelle encore que vous.

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