‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 323 sur 723 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

POLYPHÈME

Que vous êtes heureux , troupeaux I vous ne songez

Qu'à satisfaire vos envies.

Si l'amour vous contraint d'oublier les prairies ,

Vos feux sont bientôt soulagés ; Et j^ai pour tout plaisir mes tristes rêveries ; Vain et crad recours des amants affligés. Que vous êtes heureux , troupeaux ! vous ne songez

Qu'à satisfaire vos envies.

J'aune la déité de ces rives fleuries : Hélas I à quoi mes soins se sonlrîls engagés? Tai beau lui tout offrir , et prés et bergeries , Ainsi que mes soupirs , mes dons sont né(^igés. Que vous êtes heureux , troupeaux ! vous ne songez Qu'à satisfiiire vos envies.

Cruelle ! ai-je à souffrir quelque nouveau uM^is?

GALATEE.

Tâchez de vous guérir ,. vos poursuites sont yma^ Jt vous donne un sincère avis.

POLTPHÈUB.

Quoi 1 c'est le firuit de ma souffrance! C'est le fruit de mes soins si longs et si constants I

GALATÉE

Notre amour ne sert pas toujours de récompense; Et ce n'est pas toujours im ouvrage du teis^.

POLTPHÈME.

Vous écoutez les vœux d'un insolent, sans doote; Un berger vous parlait tout à l'heure en ce liea.

GALATÉE

Ne pouvant vous auner , qu^uuporte qui j'écoote? Un berger qui me plaît peut passer pour un dieu.

POLYPHÈME

Acis un dieu I Je tiens ce dieu bien téménure.

Qu'il évite ma colère 1 , Polyphème est son prince ; et j'ai dans ces hameaux Cent bergers conmie lui qui gardent mestroapeaox. Ils fbnt de votre nom résonner ces coteaux.

Si rien de moi vous pouvait plaire, Ma voix se mêlerait avec leurs chalumeaux. L'autre jour je surpris au nid une fouvette,

Un rossignol et deux autres oiseaux :

Je les instruis pour vous, ils suivent ma moseue, Et chantent , sans faillir , déjà deux airs nouveaiix. Peut-être ahnez-vous mieux de eruels animaux :

Si ce don vous plaît davantage ,

J'apprivoise deux jeunes ours :

Je n'en puis Cadre autant dé votre humeur saoTage;

Mes dons vous irritcmt toujours.

J'ai des fbrêts , j'ai des campagnes,

Des pans où vous et vos compagnes Pourrez chasser : tous ces biens sont à vous.

Recevez-les, beauté céleste.

Avec un autre don que je préfère à^tous^

C'est mon cœur percé de vos coups. ^

GALATÉE

Je ne veux ce cœur , ni le reste.

POLTPHàMB.

Ah 1 cruelle I c'est trop : gardez que le ooorroox Ne me porte à la fin à quelque violence.

GALATÉE

Une déesse ne craint rien.

POLYPHÈME

Qu' Ads craigne du moins , lui de qui Tinsoleoce Ose me disputer ce qui fait tout mon bien.

GALATÉE

Moi , le bien d'un cydope ?

POLTPBÈm.

Un cydope possède Ce que l'Olympe a de plus beau.

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