‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 370 sur 723 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ACHILLE , PHCEinX, ARBATE.

PHŒNIX

Dois-je croire , seigneur, qu'Ulysse ait vainement Essayé d'adoucir votre ressentiment?

On dit plus : vous partez , yotre flotte nous quitte. Les Grecs n'ont , après tout , rien fait qui le mérite. Mais vos amis , mais moi ; car Ph'œnix en ceci Prétend avoir à part ses intérêts aussi. Je vous ai dans mes bras porté dès votre enfonce. Quand vous eûtes passé ce temps plein d'innocence, Une jeunesse ardente exigeait d'autres soins ; Je les pris avec fruit : vos faits en sont témoins. Le succès de ces soins devait, en récompense , Donner à mes conseils chez vous plus de créance ; C'est le prix que j'en veux. Peut-être vous croyez Par quelque amour pour moi me les avoir payés. 11 est vrai , vous m'aimiez pendant votre jeune âge : Aiijourd'hui j'en demande un nouveau témoignage. Ceux que vous m'en donniez,quand d*nn air gracieux, Enfant , vous ne tourniez que sur moi seul vos yeux ; Ceux que j'en recevais , lorsque votre jeunesse , En ne me cachant rien , me comblait d'allégresse , Ne me suffisent pas aujourd'hui que je voi

De ce fatal coorroux les Grecs se prendre à moi. n Que ne loi donnait-il une humeur moins tonidie? i Voilà ce qpe l'on dit d'une commune bouche ; Et de tous les malheurs prêts à tomber sur noos, C'est votre gouverneur qu'on accuse, et non vous.

ACHILLE

Je n'ai point oublié vos soins et votre zèle : J*en conserve dans l'âme un souvenir fidèle ; Mais ne prétendez pas qne , contre mon honneur, L'amour que j'ai pour vous me flédiisse le cœor. Si vous en attendiez de pareils témoignages , Vous deviez m'enseigner à souffrir les outrages. L'avez-vonsfoit?

PHŒNIX

Seigneur , j'ai fait ce que j'ai dâ; Et vous n'avez que trop à mes vœux répondo. J approuve la fierté; mais enfin , les injures Se peuvent réparer : elles ont leurs mesures.

ACHILLE

Un cœur comme le mien ne leur en peut donner.

PHŒNIX

Il le doit : la graddenr consiste à pardonner ; Jamais ce sentiment n'a de gloire flétrie. Je ne vous voulais point alléguer la patrie , Me flatiant d'un crédit que je devrais avoir, Et voulant sur votre âme éprouver mon pouToir; Je dédaignais aussi les adresses d'Ulysse. Honteux qu'il nous fallût employer l'artifice , Sans ois secours les Grecs vous parlent par ma voix : « Nous venons, disentrils , implorer vos exploits, « Seigneur; ils noussont dus, et nos propres exemples « Ont accru la valeur qui vous promet des temples. •

ACHILLE

Je ne dois qu'à vous seul. En vain devant les yeux On me met du public l'intérêt spécieux : Conune si Sparte était la Grèce tout entière 1 Les lieux où Ménélas a reçu la lumière, Ceux encore où Ton voit ces frères obéis , Ont eu part à Toutrage , et non point mon pays. Cependant j^accourus pour eux à cette guerre ; Pour eux je vins chercher la mort en cette terre. Je n'avais nul sujet de haïr les Troyens : Paris m'a-t-U ravi mes amours, ni mes biens? Agamemnon Ta fait ; c'est Argos , c'est Mycènei Qui devraient ressentir les effets de ma haine. Laissons-les : leur monarque est encot trop heureux Que je n'apporte ici nul obstacle à ses vœux. A l'entour de ces murs je vous laisse combattre; Les dieux les ont bâtis , nous voulons les abattre.

PHŒNIX

Ces mêmes dieux les ont à périr condanufés. Et puis^, celte raison qu'à tort vous me donner, S'U font vous en parler sans que Ton dissimole , Dans le cœur des humains jette peu de acropole.

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